L'essentiel

On parle de diarrhée à partir de trois selles molles ou liquides par jour. Le plus souvent, une gastro, une intoxication alimentaire ou un médicament en est la cause, et tout rentre dans l'ordre en quelques jours. Une diarrhée de 4 semaines ou plus, ou avec du sang, de la fièvre ou une perte de poids, justifie des analyses de selles et de sang.

Les médecins classent la diarrhée selon sa durée : aiguë quand elle dure moins de deux semaines, prolongée entre deux et quatre semaines, chronique au-delà d'un mois, en continu ou par poussées[4]. Sur l'échelle de Bristol, les selles molles correspondent aux types 5 à 7[10] ; des selles fréquentes mais bien moulées ne sont pas une diarrhée[6].

Diarrhée : quand appeler le 15 ou consulter ?

Quand consulter

  • Urgence : appelez le 15 (SAMU) ou le 112 en cas de confusion, de somnolence, de malaise, de refus de boire ou de presque plus d'urines, de selles noires et goudronneuses ou de beaucoup de sang rouge, ou d'une forte douleur du ventre ou de l'anus[2][5].
  • Dans les 24 à 48 heures pour une fièvre à 39 °C, du sang, du pus ou des glaires dans les selles[3], des vomissements répétés, six selles liquides ou plus par jour, une diarrhée au retour de voyage[2], une diarrhée apparue sous antibiotiques ou après[11], ou aucune amélioration après 48 heures de mesures simples[5].
  • Au prochain rendez-vous si les selles molles vont et viennent depuis un mois ou plus[4].

Grossesse, plus de 65 ans, immunité affaiblie ou antibiotiques en cours augmentent le risque de complications : tenez votre médecin informé[1]. Soif, urines foncées et rares, vertiges sont les premiers signes de déshydratation[2].

Pourquoi ai-je la diarrhée ? Les causes fréquentes d'abord

  • Fréquent Les virus. Le norovirus, le rotavirus, l'adénovirus et l'astrovirus sont en tête des causes de gastro-entérite[2].
  • Fréquent L'intoxication alimentaire. Salmonella, Campylobacter, E. coli et staphylocoque viennent d'une viande mal cuite, du lait cru, ou de l'eau et des aliments en voyage. La plupart des cas guérissent en une semaine[2].
  • Fréquent Les médicaments. Antibiotiques, antiacides au magnésium, anti-inflammatoires, colchicine, chimiothérapies, sirops au sorbitol ou au xylitol[2][3].
  • Possible C. difficile. Après des antibiotiques, cette bactérie peut proliférer dans le côlon : 5 à 10 selles liquides par jour, crampes, fièvre. Tout antibiotique peut la déclencher[11].

Diarrhée chronique : pourquoi dure-t-elle des semaines ?

  • Fréquent Le syndrome de l'intestin irritable et la diarrhée fonctionnelle. Retenus quand les premiers examens sont normaux, sans signe d'alarme[9].
  • Fréquent Des sucres mal digérés. Lactose, fructose, sorbitol ; ce trouble peut aussi persister après une infection[2].
  • Possible La maladie cœliaque, première cause de malabsorption[4], à rechercher chez tout adulte ayant une diarrhée chronique[9].
  • Possible La diarrhée par malabsorption des acides biliaires. Elle touche jusqu'à 30 % des personnes classées « intestin irritable avec diarrhée » et explique une grande part des diarrhées après ablation de la vésicule[9][10].
  • Possible La colite microscopique. Le côlon paraît normal à la coloscopie, seules les biopsies la montrent ; anti-inflammatoires, veinotoniques, lansoprazole et sertraline sont en cause[4].
  • Possible Une infection qui traîne. Giardia et autres parasites intestinaux, ou C. difficile[2][8].
  • Rare Les MICI (maladie de Crohn, rectocolite hémorragique), l'hyperthyroïdie, le pancréas, le cancer colorectal. Perte de poids, anémie, sang persistant dans les selles ou antécédents familiaux imposent des examens rapides, souvent une coloscopie[8][9].

Quelles analyses de sang et de selles pour une diarrhée ?

Une diarrhée courte et modérée ne demande aucun examen. Les analyses de selles servent en cas de fièvre, de selles sanglantes ou glaireuses, de fortes crampes, d'infection grave, d'antibiotiques récents ou d'hospitalisation[7], ou de diarrhée qui dure. La prise de sang cherche une déshydratation, une inflammation et les maladies en cause[3][4].

Examens souvent prescrits pour une diarrhée chez l'adulte
ExamenÀ quoi il répond
Ionogramme, urée et créatinineA-t-on perdu trop d'eau et de sels ?
NFS et CRPAnémie ou inflammation ?
Anticorps anti-transglutaminase IgA et IgA totalesMaladie cœliaque ?
TSH, ferritineThyroïde ou manque de fer ?
Coproculture ou PCR multiplex des sellesQuel germe cause une infection avec fièvre ou sang ?
Toxines de C. difficile ou PCRLa diarrhée après antibiotiques vient-elle de C. difficile ?
Examen parasitologique des selles, antigène ou PCR GiardiaUn parasite est-il en cause ?
Calprotectine fécale ou lactoferrineLa paroi de l'intestin est-elle enflammée ?

En France, pour une diarrhée aiguë qui le justifie, on demande une coproculture, les toxines de C. difficile sous antibiotiques, et une NFS, une CRP et un ionogramme[3]. Pour une diarrhée chronique, la Société nationale française de gastro-entérologie cite NFS, CRP, ionogramme, fonction rénale, ferritine, vitamines B12 et B9, TSH si besoin, un examen parasitologique des selles et un test respiratoire à l'hydrogène pour le lactose[4]. Les médecins américains font rechercher la maladie cœliaque chez tous[9] et préfèrent la calprotectine ou la lactoferrine à la CRP ou à la vitesse de sédimentation pour dépister une inflammation[8]. Voir notre guide des analyses de selles.

Des résultats après des semaines de selles molles ? BloodSense explique chaque ligne de votre compte-rendu avec des mots simples, pour savoir quoi demander à votre médecin.

Faire expliquer mes résultats

Comment lire les résultats ?

Exemple fictif de compte-rendu après 5 semaines de diarrhée (format d'un laboratoire français)
AnalyseRésultatValeurs de référenceSignal
Sodium137 mmol/L136-145 mmol/L
Potassium3,2 mmol/L3,5-5,1 mmol/L↓
Urée8,6 mmol/L2,5-7,5 mmol/L↑
Créatinine79 µmol/L45-104 µmol/L
Hémoglobine13,8 g/dL12,0-15,5 g/dL
IgA anti-transglutaminase1,1 U/mL< 4,0 U/mL
Antigène Giardia (selles)NégatifNégatif
Calprotectine fécale31 µg/g< 50 µg/g
  1. ↓ signifie sous les valeurs du laboratoire. L'eau perdue par la diarrhée emporte du potassium ; trop bas, il peut donner crampes, faiblesse et cœur irrégulier[12].
  2. ↑ signifie au-dessus. La déshydratation fait monter l'urée[13] ; le médecin la lit avec la créatinine (voir le rapport urée/créatinine).
  3. Les autres lignes sont normales : anémie, maladie cœliaque, Giardia et inflammation de l'intestin deviennent moins probables.

Calprotectine : intestin enflammé ou non ?

Sous 50 µg/g, une MICI est peu probable ; de 50 à 249, c'est une zone grise ; au-delà de 250, une inflammation active est probable, selon la technique du laboratoire[10]. Une valeur basse n'écarte pas une MICI s'il y a du sang, une perte de poids ou une anémie[9].

Recherches d'infection : détecté ou non détecté

La PCR trouve les gènes d'un germe même sans toxine active : une PCR C. difficile positive se lit avec les symptômes, souvent avec une recherche de toxine[10]. Un seul échantillon suffit en général[7].

Acides biliaires : le SeHCAT, dans peu de centres

Ce test de médecine nucléaire mesure la rétention d'un traceur à 7 jours : moins de 15 % oriente vers une perte d'acides biliaires[10]. En France, peu de services le proposent ; un essai de colestyramine (Questran) est une alternative admise[8].

Que noter avant la consultation ?

  • La date de début, et si c'est continu ou par épisodes
  • Le nombre de selles par jour, leur type sur l'échelle de Bristol, et si elles vous réveillent la nuit
  • Sang, glaires, selles noires, ou grasses et flottantes (voir selles jaunes et grasses)
  • Poids, fièvre, quantité d'urines
  • Nouveaux médicaments, antibiotiques récents, compléments, alcool
  • Voyage, entourage malade, antécédents familiaux, chirurgie de l'intestin ou de la vésicule

Questions fréquentes

Quel antidiarrhéique prendre : lopéramide ou racécadotril ?

Les deux sont des options, sans usage systématique ni prolongé[5]. Les ralentisseurs du transit comme le lopéramide sont contre-indiqués avec du sang dans les selles ou une forte fièvre[3]. Le plus important reste de boire, idéalement un soluté de réhydratation orale[6].

Une diarrhée la nuit, est-ce grave ?

Pas forcément, mais signalez-le. Une diarrhée liquide qui continue la nuit ou à jeun oriente vers une cause sécrétoire, comme une perte d'acides biliaires ou une colite microscopique, plutôt qu'un intestin irritable[9].

Faut-il une coloscopie pour une diarrhée chronique ?

Pas toujours : en cas de signes d'alarme, de résultats anormaux, ou sans réponse après les premiers examens. Des biopsies sont faites même si le côlon paraît normal, car c'est ainsi qu'on trouve une colite microscopique[4][9].

Analyses et guides liés

Références

  1. National Institute of Diabetes and Digestive and Kidney Diseases (NIDDK). Definition & facts for diarrhea. niddk.nih.gov (consulté le 2 novembre 2026)
  2. NIDDK. Symptoms & causes of diarrhea. niddk.nih.gov (consulté le 2 novembre 2026)
  3. Société nationale française de gastro-entérologie (SNFGE). Diarrhée aiguë. Fiche grand public, avril 2018. snfge.org (consulté le 2 novembre 2026)
  4. Société nationale française de gastro-entérologie (SNFGE). Diarrhée chronique. Fiche grand public, avril 2018. snfge.org (consulté le 2 novembre 2026)
  5. Santé.fr (Service public d'information en santé). Diarrhée et gastro-entérite de l'adulte. sante.fr (consulté le 2 novembre 2026)
  6. Organisation mondiale de la Santé. Maladies diarrhéiques : principaux repères. who.int (consulté le 2 novembre 2026)
  7. Shane AL, Mody RK, Crump JA, et al. 2017 Infectious Diseases Society of America clinical practice guidelines for the diagnosis and management of infectious diarrhea. Clin Infect Dis. 2017;65(12):e45-e80. doi:10.1093/cid/cix669 (consulté le 2 novembre 2026)
  8. Smalley W, Falck-Ytter C, Carrasco-Labra A, Wani S, Lytvyn L, Falck-Ytter Y. AGA clinical practice guidelines on the laboratory evaluation of functional diarrhea and diarrhea-predominant irritable bowel syndrome in adults (IBS-D). Gastroenterology. 2019;157(3):851-854. doi:10.1053/j.gastro.2019.07.004 (consulté le 2 novembre 2026)
  9. Burgers K, Lindberg B, Bevis ZJ. Chronic diarrhea in adults: evaluation and differential diagnosis. Am Fam Physician. 2020;101(8):472-480. aafp.org (consulté le 2 novembre 2026)
  10. Arasaradnam RP, Brown S, Forbes A, et al. Guidelines for the investigation of chronic diarrhoea in adults: British Society of Gastroenterology, 3rd edition. Gut. 2018;67(8):1380-1399. doi:10.1136/gutjnl-2017-315909 (consulté le 2 novembre 2026)
  11. MedlinePlus Medical Encyclopedia. Pseudomembranous colitis. medlineplus.gov (consulté le 2 novembre 2026)
  12. MedlinePlus Lab Tests. Potassium blood test. medlineplus.gov (consulté le 2 novembre 2026)
  13. MedlinePlus Lab Tests. BUN (blood urea nitrogen). medlineplus.gov (consulté le 2 novembre 2026)

Cet article donne une information générale sur la santé. Il ne remplace pas l'avis d'un médecin. Déshydratation, sang dans les selles, forte fièvre ou douleur intense : consultez sans attendre.