Électrophorèse des protéines sériques (EPS) : interpréter les résultats et un pic monoclonal

L'essentiel
L'électrophorèse des protéines sériques (EPS) range les protéines du sang en cinq ou six fractions : albumine, alpha-1, alpha-2, bêta (souvent bêta-1 et bêta-2) et gammaglobulines. L'allure de la courbe compte plus qu'un chiffre isolé. Un pic étroit (« pic monoclonal ») demande des examens complémentaires, mais la plupart des personnes qui en ont un ne développent jamais de cancer.
Un compte-rendu d'électrophorèse impressionne souvent : une courbe, une série de fractions, parfois une phrase du biologiste comme « présence d'un pic d'allure monoclonale ». Le principe est simple : une goutte de sérum est placée dans un champ électrique. Chaque protéine migre à sa propre vitesse ; les protéines se regroupent donc en bandes que le laboratoire mesure et dessine sous forme de pics[1][2]. Ce guide lit avec vous l'ensemble du protéinogramme : chaque fraction, les profils fréquents, le sens d'un pic monoclonal et les examens qui suivent en général. Si une seule bande est signalée, les pages dédiées vont plus loin, à commencer par notre guide des résultats de gammaglobulines, la zone où apparaissent la plupart des pics.
À quoi ressemble un compte-rendu d'électrophorèse des protéines sériques ?
En France, le laboratoire rend en général les protéines totales (protidémie), chaque fraction en pourcentage et en grammes par litre (g/L), la courbe, et un commentaire du biologiste. Beaucoup de laboratoires séparent la zone bêta en bêta-1 et bêta-2 ; d'autres donnent une seule fraction bêta.
| Analyse | Résultat | Valeurs de référence | Anomalie |
|---|---|---|---|
| Protéines totales (sérum) | 78 g/L | 65-81 g/L | |
| Albumine | 50,0 % soit 39,0 g/L | 37,5-50,1 g/L | |
| Alpha-1 globulines | 3,8 % soit 3,0 g/L | 1,9-4,6 g/L | |
| Alpha-2 globulines | 10,9 % soit 8,5 g/L | 4,8-10,5 g/L | |
| Bêta globulines | 12,2 % soit 9,5 g/L | 4,8-11,0 g/L | |
| Gammaglobulines | 23,1 % soit 18,0 g/L | 6,2-15,1 g/L | H |
| Pic monoclonal | 7,2 g/L | Absent | A |
| Commentaire | Pic d'allure monoclonale en zone gamma. Immunofixation : IgG kappa. | ||
- Protéines totales : la somme de toutes les bandes. Elles peuvent être normales alors qu'une bande cache une anomalie, comme ici.
- Pourcentage et g/L : le laboratoire mesure la part de chaque fraction (en %), puis la multiplie par les protéines totales pour obtenir des g/L (50 % de 78 g/L = 39 g/L).
- Albumine : le plus grand pic, fabriqué par le foie. Une albumine basse oriente vers une maladie du foie, une fuite de protéines par les reins ou l'intestin, une dénutrition ou une inflammation[2].
- Alpha-1 et alpha-2 : contiennent des protéines de l'inflammation, qui augmentent lors d'une infection ou d'une poussée inflammatoire[2].
- Bêta : surtout la transferrine (qui transporte le fer) et le complément[2].
- Gammaglobulines, signalées H : la zone des anticorps. Elle est élevée ici parce qu'elle contient un pic étroit.
- Pic monoclonal 7,2 g/L : la quantité de la protéine monoclonale, le chiffre que votre médecin suivra dans le temps. Un pic n'est jamais « normal », d'où le signalement même sans valeur de référence.
- Immunofixation IgG kappa : nomme le type d'anticorps qui forme le pic[3]. Les valeurs de référence viennent d'un laboratoire de référence américain, converties en g/L[4] : lisez toujours votre résultat avec les valeurs de votre propre laboratoire.
Une courbe, des pourcentages, des g/L et une phrase du biologiste que vous ne comprenez pas ? BloodSense lit avec vous votre compte-rendu complet, fraction par fraction, et prépare les questions à poser à votre médecin.
Comprendre mon électrophorèseQue contient chaque fraction, et quelles sont les valeurs normales ?
Chaque bande est une famille de protéines, pas une protéine unique. Le tableau donne des valeurs adultes habituelles issues de deux sources américaines, converties en g/L. Elles varient selon la technique (gel ou électrophorèse capillaire) : seules les valeurs de votre laboratoire font foi.
| Fraction | Protéines principales | Laboratoire de référence (capillaire)[4] | MedlinePlus[1] | Guide complet |
|---|---|---|---|---|
| Albumine | Albumine | 37,5-50,1 g/L | 36-48 g/L | Albumine |
| Alpha-1 | Alpha-1 antitrypsine, orosomucoïde | 1,9-4,6 g/L | 2-4 g/L | Alpha-1 globulines |
| Alpha-2 | Haptoglobine, céruléoplasmine, alpha-2 macroglobuline | 4,8-10,5 g/L | 6-9 g/L | Alpha-2 globulines |
| Bêta (bêta-1 et bêta-2) | Transferrine, complément C3, lipoprotéines | 4,8-11,0 g/L | 6-11 g/L | Bêta-1 et bêta-2 globulines |
| Gamma | Immunoglobulines (IgG, IgA, IgM) | 6,2-15,1 g/L | 8-18 g/L | Gammaglobulines |
| Protéines totales | Toutes les fractions | Valeurs du compte-rendu | 65-81 g/L | Protéines totales |
Les sources américaines donnent ces valeurs en g/dL : il suffit de multiplier par 10 pour obtenir des g/L (3,9 g/dL = 39 g/L).
Comment interpréter le profil d'une électrophorèse des protéines ?
Le médecin regarde la forme de la courbe et les bandes qui bougent ensemble. Une même hausse des gammaglobulines peut être banale ou importante selon qu'elle est large ou étroite[2].
| Profil | Ce qui change | Causes fréquentes |
|---|---|---|
| Inflammation aiguë | Alpha-1 et alpha-2 en hausse, albumine parfois basse | Infection, chirurgie, traumatisme, poussée d'une maladie inflammatoire[2] |
| Inflammation chronique (polyclonale) | Hausse large et arrondie de toute la zone gamma | Infection prolongée, maladie auto-immune comme la polyarthrite rhumatoïde ou le lupus, maladie chronique du foie[1][2] |
| Maladie du foie | Albumine basse avec hausse large des gammaglobulines | Cirrhose, hépatite chronique[1][2] |
| Fuite de protéines par les reins | Albumine basse, alpha-2 élevées | Syndrome néphrotique[1][2] |
| Pic monoclonal (immunoglobuline monoclonale) | Un pic étroit et pointu, le plus souvent en gamma, parfois en bêta | MGUS, myélome multiple, maladie de Waldenström, amylose[2] |
| Gammaglobulines basses (hypogammaglobulinémie) | Zone gamma plate et petite | Médicaments qui ciblent les lymphocytes B, leucémie lymphoïde chronique, myélome, fuite de protéines ; plus rarement un déficit immunitaire héréditaire[5] |
Les variations d'une seule bande sont détaillées dans chaque guide. En bref : une bêta élevée accompagne souvent une carence en fer ou une grossesse, une alpha-1 basse peut évoquer un déficit en alpha-1 antitrypsine, et une alpha-2 basse une destruction des globules rouges (hémolyse)[1][2]. L'électrophorèse reste un reflet grossier de l'inflammation : votre médecin s'appuiera plutôt sur la CRP ou la vitesse de sédimentation.
Que signifie un pic monoclonal sur l'électrophorèse ?
Un pic monoclonal (on parle aussi d'immunoglobuline monoclonale, de paraprotéine ou de « composant M ») correspond à une grande quantité d'un même anticorps, fabriqué par une seule famille de plasmocytes. C'est une découverte, pas un diagnostic.
- Fréquent MGUS (gammapathie monoclonale de signification indéterminée, ou GMSI) : retrouvée chez 3,2 % des personnes de 50 ans et plus et 5,3 % des 70 ans et plus dans une grande étude du Minnesota[6]. Dans cette étude, le pic était inférieur à 10 g/L dans 63,5 % des cas. Une MGUS ne donne aucun symptôme et évolue vers un cancer du sang chez environ 1 % des personnes par an[7].
- Possible Myélome indolent ou maladie de Waldenström : un pic plus important ou davantage de plasmocytes dans la moelle osseuse, sans atteinte des organes ; une surveillance plus rapprochée est alors nécessaire[7].
- Rare Myélome multiple ou amylose AL : le diagnostic repose sur un examen de la moelle osseuse et sur des signes d'atteinte des organes, comme un calcium élevé, une insuffisance rénale, une anémie ou des lésions osseuses[8]. Notre guide du myélome multiple explique ces critères.
La taille du pic compte, mais elle ne dit pas tout. Une MGUS se définit par un pic inférieur à 30 g/L, moins de 10 % de plasmocytes dans la moelle et aucune atteinte d'organe[8]. Dans le myélome, le pic dépasse en général 30 g/L, mais jusqu'à un cinquième des personnes atteintes ont un pic inférieur à 10 g/L[2].
Dans un suivi de 34 ans portant sur 1 384 personnes avec une MGUS, le risque d'évolution était de 10 % à 10 ans et de 18 % à 20 ans. Il était le plus faible (7 % à 20 ans pour une MGUS non IgM) quand le pic était inférieur à 15 g/L et le rapport kappa/lambda normal[9].
Quels examens après une électrophorèse des protéines anormale ?
L'électrophorèse est un examen d'orientation. La suite dépend du profil :
- Immunofixation (ou immunotypage) sérique : identifie le type d'anticorps monoclonal (IgG, IgA ou IgM, kappa ou lambda) et peut repérer un pic trop petit pour être vu sur la courbe[2][3]. Elle n'est pas refaite une fois le type connu[11].
- Bilan de première intention prescrit par le médecin : numération formule sanguine, calcémie corrigée (si IgG ou IgA) ou LDH (si IgM), et créatinine, pour rechercher une anémie, un calcium élevé et une atteinte des reins[8][11].
- Chaînes légères libres kappa et lambda : mesure les chaînes légères dans le sang et leur rapport ; utile quand un myélome ne fabrique que des chaînes légères, sans pic visible[3]. En France, c'est un examen de deuxième intention, demandé par le spécialiste[11]. Voir notre page sur le rapport kappa/lambda.
- Dosage des immunoglobulines : IgG, IgA et IgM ; dans le myélome, un type est souvent élevé et les autres bas[3]. Ce dosage ne sert pas à mesurer le pic lui-même, qui se suit sur l'électrophorèse[11].
- Électrophorèse et immunofixation des urines : souvent sur un recueil des urines de 24 heures, quand une maladie des plasmocytes est suspectée[2][3].
- Électrophorèse de contrôle : dans le même laboratoire et avec la même technique, à 6 mois puis une fois par an si tout reste stable, selon la HAS[11]. Le groupe de travail international sur le myélome (IMWG) propose d'espacer à tous les 2 à 3 ans pour une MGUS à faible risque (IgG, pic inférieur à 15 g/L, rapport des chaînes légères normal)[7].
En France, la HAS conseille un avis spécialisé (hématologue) en cas de signes évoquant une maladie du sang (douleurs osseuses, altération de l'état général, ganglions), d'anomalie au bilan, d'un pic IgG supérieur à 15 g/L ou IgA ou IgM supérieur à 10 g/L, ou avant 60 ans. Pendant le suivi, une hausse du pic de plus de 25 % doit aussi conduire à un avis[11].
Comment se passe la prise de sang pour une électrophorèse ?
C'est une prise de sang ordinaire au pli du coude, sur un tube sec (sérum) : l'examen ne se fait pas sur plasma[4]. Beaucoup de laboratoires ne demandent aucune préparation, d'autres jusqu'à 12 heures de jeûne[1] : suivez la consigne reçue, comme l'explique notre guide de la prise de sang à jeun. Signalez un vaccin ou une infection récente et tous vos médicaments, y compris hormonaux, car ils peuvent déplacer certaines bandes[1][10]. N'arrêtez jamais un traitement de vous-même.
Quand consulter
- Urgence : appelez le 15 (SAMU) ou le 112 en cas de confusion brutale, de douleur intense du dos avec faiblesse ou engourdissement nouveaux des jambes, de perte du contrôle de la vessie ou des intestins, ou si vous n'urinez presque plus.
- Dans les 24 à 48 heures si une électrophorèse anormale s'accompagne de nouvelles douleurs osseuses, d'une soif extrême, d'infections à répétition avec fièvre, d'un gonflement rapide des jambes ou d'urines très mousseuses.
- Au prochain rendez-vous pour un petit pic monoclonal sans symptôme, une hausse large des gammaglobulines ou une albumine un peu basse : ces résultats se discutent au calme et sont en général contrôlés.
Questions à poser à votre médecin
- La hausse de mes gammaglobulines est-elle large (polyclonale) ou en pic étroit (monoclonale) ?
- S'il y a un pic, quelle est sa taille en g/L et quel est son type à l'immunofixation ?
- Ai-je besoin d'un dosage des chaînes légères, d'examens d'urines ou d'un avis d'hématologue ?
- Mon résultat est-il à faible risque, et quand faut-il refaire l'électrophorèse ?
- Ma baisse d'albumine ou ma hausse des alpha-2 peut-elle venir du foie, des reins ou d'une maladie récente ?
Questions fréquentes
L'électrophorèse des protéines détecte-t-elle un cancer ?
Non. C'est une photographie générale des protéines du sang, qui peut montrer une inflammation, une maladie du foie ou des reins, ou un trouble de l'immunité. Elle sert à rechercher une immunoglobuline monoclonale, mais la plupart des pics découverts correspondent à une MGUS, qui n'est pas un cancer[6][7].
Une électrophorèse normale peut-elle passer à côté d'un myélome ?
Oui, parfois. Certains myélomes ne fabriquent que des chaînes légères, qui ne forment pas toujours de pic visible, ou ne sécrètent rien : environ 10 % des myélomes selon la HAS[11]. C'est pourquoi l'immunofixation et le dosage des chaînes légères sont ajoutés quand un myélome est suspecté[3].
Un pic monoclonal peut-il disparaître ?
Le pic d'une MGUS reste en général stable pendant des années ; le suivi sert à vérifier qu'il n'augmente pas[7]. Votre médecin vous dira à quel rythme refaire l'examen.
Quelle différence entre électrophorèse des protéines sériques et urinaires ?
L'électrophorèse sérique étudie les protéines du sang. L'électrophorèse urinaire recherche les protéines qui passent dans les urines, comme les chaînes légères (protéine de Bence Jones), parfois invisibles dans le sang[3][10].
Une déshydratation peut-elle fausser le résultat ?
Oui. La déshydratation concentre le sang et peut augmenter l'albumine et les protéines totales ; un vaccin ou une infection récente peut augmenter les anticorps de la zone gamma[10]. Un résultat limite est souvent simplement contrôlé.
Articles liés
- GammaglobulinesLa zone des anticorps, élevée ou basse, expliquée en détail.
- Rapport kappa/lambdaLe dosage des chaînes légères qui suit souvent un pic monoclonal.
- Myélome multipleSymptômes, critères de diagnostic et traitements.
- Protéines totalesLe chiffre unique qui conduit souvent à une électrophorèse.
- HaptoglobineLa protéine des alpha-2 qui baisse en cas d'hémolyse.
Références
- MedlinePlus Medical Encyclopedia. Serum protein electrophoresis. medlineplus.gov (consulté le 2 novembre 2026)
- O'Connell TX, Horita TJ, Kasravi B. Understanding and interpreting serum protein electrophoresis. Am Fam Physician. 2005;71(1):105-112. aafp.org (PubMed 15663032, consulté le 2 novembre 2026)
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- Kyle RA, Durie BGM, Rajkumar SV, et al. Monoclonal gammopathy of undetermined significance (MGUS) and smoldering (asymptomatic) multiple myeloma: IMWG consensus perspectives risk factors for progression and guidelines for monitoring and management. Leukemia. 2010;24(6):1121-1127. doi:10.1038/leu.2010.60 (consulté le 2 novembre 2026)
- Rajkumar SV, Dimopoulos MA, Palumbo A, et al. International Myeloma Working Group updated criteria for the diagnosis of multiple myeloma. Lancet Oncol. 2014;15(12):e538-e548. doi:10.1016/S1470-2045(14)70442-5 (consulté le 2 novembre 2026)
- Kyle RA, Larson DR, Therneau TM, et al. Long-term follow-up of monoclonal gammopathy of undetermined significance. N Engl J Med. 2018;378(3):241-249. doi:10.1056/NEJMoa1709974 (consulté le 2 novembre 2026)
- Testing.com. Protein electrophoresis and immunofixation electrophoresis. testing.com (consulté le 2 novembre 2026)
- Haute Autorité de santé. Quand prescrire une électrophorèse des protéines sériques (EPS) et conduite à tenir en cas d'une immunoglobuline monoclonale. Recommandation de bonne pratique, validée le 25 janvier 2017. has-sante.fr (consulté le 2 novembre 2026)
- Service-Public.gouv.fr. Ticket modérateur, forfait et franchises (Sécurité sociale). Vérifié le 1er octobre 2026. Direction de l'information légale et administrative. service-public.gouv.fr (consulté le 2 novembre 2026)
Cet article donne des informations générales sur la santé. Il ne remplace pas un examen, un diagnostic ni un traitement par un médecin. Une électrophorèse anormale doit être interprétée par votre médecin avec vos symptômes et vos autres résultats.



