Bilan TORCH et sérologies de grossesse : ce qui est testé, comment lire IgG et IgM

L'essentiel
Le bilan TORCH regroupe des sérologies (recherches d'anticorps) pour des infections qui peuvent passer au bébé pendant la grossesse : toxoplasmose, « autres » infections, rubéole, CMV et herpès. Les IgG signalent en général une infection ancienne ou une immunité ; les IgM peuvent signaler une infection récente, mais ce sont souvent de fausses alertes. En France, seules certaines de ces sérologies sont obligatoires.
TORCH est un acronyme anglais : Toxoplasmose, Other (« autres » infections : syphilis, VIH, parvovirus B19 ou varicelle), Rubéole, Cytomégalovirus (CMV) et Herpès simplex. Ce bilan recherche des anticorps contre ces microbes dans le sang d'une femme enceinte ou d'un nouveau-né[1]. En France, le mot TORCH figure rarement sur l'ordonnance : on parle plutôt des « sérologies de grossesse ». Ce guide explique comment lire ces résultats et lesquels sont vraiment recommandés. Chaque infection a sa propre page ; par exemple, notre guide de la sérologie de la toxoplasmose détaille cet examen.
Que recherche un bilan TORCH ? Un compte-rendu commenté
Il n'existe pas de bilan TORCH standard : chaque laboratoire choisit ses anticorps, le plus souvent les IgG et les IgM de la toxoplasmose, de la rubéole, du CMV et parfois de l'herpès. La syphilis, le VIH et l'hépatite B apparaissent en général sur des lignes à part.
| Analyse | Résultat | Valeurs de référence | Interprétation |
|---|---|---|---|
| Toxoplasmose IgG | < 1,0 UI/mL | Négatif : < 8,0 UI/mL | Négatif |
| Toxoplasmose IgM | 0,12 (index) | Négatif : < 0,55 | Négatif |
| Rubéole IgG | 38 UI/mL | Immunité : ≥ 10 UI/mL | Immunisée |
| CMV IgG | 46,0 UA/mL | Négatif : < 6,0 UA/mL | POS |
| CMV IgM | 0,20 (index) | Négatif : < 0,85 | Négatif |
| Herpès simplex type 1 IgG (spécifique de type) | 5,1 (index) | Négatif : < 0,9 | POS |
| Herpès simplex type 2 IgG (spécifique de type) | 0,2 (index) | Négatif : < 0,9 | Négatif |
| Syphilis : test tréponémique | Négatif | Négatif | |
| VIH 1 et 2 (antigène p24 et anticorps) | Négatif | Négatif | |
| Antigène HBs (hépatite B) | Négatif | Négatif |
- Deux anticorps par microbe : les IgG témoignent d'un contact ancien (ou d'un vaccin) ; les IgM sont les anticorps précoces d'une infection nouvelle. On les lit ensemble. Les seuils changent d'une trousse à l'autre : seuls ceux de votre compte-rendu comptent.
- Toxoplasmose IgG et IgM négatives : pas d'infection ancienne, donc pas de protection : les conseils de prévention comptent, et la sérologie est refaite chaque mois en France[18].
- Rubéole IgG positives : protection contre la rubéole, le plus souvent grâce au vaccin.
- CMV IgG positives, IgM négatives : le profil le plus fréquent d'une infection à CMV ancienne, avant cette grossesse. Ce « POS » n'est pas une alarme.
- Herpès type 1 IgG positives : une infection ancienne par l'herpès de type 1, le plus souvent des boutons de fièvre.
- Syphilis, VIH et hépatite B négatifs : ces dépistages sont prescrits ou proposés dès la première consultation de grossesse[18][19].
Un compte-rendu plein d'IgG, d'IgM et de « POS » ? BloodSense lit avec vous l'ensemble de vos résultats, ligne par ligne, et liste les questions à poser à votre prochaine consultation de grossesse.
Comprendre mes sérologies de grossesseQuelles sérologies contient le bilan TORCH, et que vérifie chacune ?
| Infection | Examen habituel | Ce qu'il indique | Guide complet |
|---|---|---|---|
| Toxoplasmose | IgG et IgM anti-toxoplasme, avidité si les IgM sont positives | Infection ancienne (IgG seules) ou peut-être récente ; les IgM peuvent rester positives jusqu'à 18 mois[10] | Test sanguin de toxoplasmose |
| Syphilis (« autres ») | Test tréponémique, puis VDRL ou RPR s'il est positif | Dépistage obligatoire à la première consultation[18] | Test RPR |
| VIH (« autres ») | Test combiné antigène p24 et anticorps | Proposé systématiquement à la première consultation[18] | Résultats du test VIH |
| Hépatite B (« autres ») | Antigène HBs | Obligatoire à la première consultation[18] | Hépatite B |
| Parvovirus B19 (« autres ») | IgG et IgM anti-parvovirus | Après un contact ou des symptômes ; la plupart des adultes sont déjà immunisés[15] | Demandez à votre médecin |
| Varicelle (« autres ») | IgG anti-varicelle | Vérifie l'immunité sans preuve de varicelle ancienne ni de vaccin[16] | Varicelle |
| Rubéole | IgG anti-rubéole | Immunisée ou non ; IgM seulement si un contact récent est suspecté[8] | Demandez à votre médecin |
| Cytomégalovirus | IgG et IgM anti-CMV, avidité si besoin | Infection ancienne ou récente ; dépistage systématique recommandé par la HAS en 2025, pas encore en place en juillet 2026[20][21] | Sérologie CMV |
| Herpès simplex | IgG spécifiques des types 1 et 2 | Infection ancienne ; les IgM ne sont pas recommandées[14] | Herpès |
Le bilan TORCH est-il recommandé pendant la grossesse ?
Pas en bloc. En France, la Haute Autorité de santé (HAS) liste les examens de la première consultation : sérologies de la toxoplasmose et de la rubéole (sauf immunité prouvée par écrit), syphilis et antigène HBs sont à prescrire obligatoirement, et le test du VIH est à proposer systématiquement[18]. Les recommandations américaines vont dans le même sens pour la syphilis, l'hépatite B et le VIH[5][6][7].
- Fréquent Toxoplasmose : si la sérologie est négative, elle est refaite chaque mois jusqu'à la fin de la grossesse[18].
- Fréquent Rubéole : refaite jusqu'à 18 semaines d'aménorrhée (SA) si elle est négative[18]. Les vaccins ROR et contre la varicelle ne se font pas pendant la grossesse[17] ; une femme non immunisée contre la rubéole est vaccinée après l'accouchement[8].
- Possible Examens ciblés : CMV, parvovirus ou varicelle après un contact, une fièvre, une éruption ou une anomalie à l'échographie.
- Rare Pas en routine : le dépistage systématique des anticorps de l'herpès de type 2 pendant la grossesse n'est pas recommandé[14]. Pour le CMV, la HAS a recommandé en juin 2025 un dépistage au premier trimestre chez les femmes séronégatives ou de statut inconnu[20] ; en juillet 2026, le ministère attendait encore un avis complémentaire avant de le mettre en place[21].
Pourquoi ces doutes sur le bilan complet ? Une revue systématique de 2 538 grossesses testées après une échographie anormale a trouvé 26 infections congénitales à CMV et aucun cas confirmé de toxoplasmose, de rubéole ou d'herpès congénital ; ses auteurs proposent d'abandonner la prescription réflexe du « TORCH »[2]. Une étude hospitalière sur 10 ans a trouvé une primo-infection chez 0,8 % des femmes testées pour une raison fœtale, contre 2,6 % quand la raison venait de la mère, comme une fièvre ou un bilan du foie anormal[3]. Des pédiatres rappellent aussi que l'approche TORCH classique peut oublier la syphilis, qui progresse de nouveau[4].
Comment lire les IgG et les IgM d'un bilan TORCH ?
Les mêmes quatre combinaisons valent pour la plupart des infections du bilan. Votre médecin ou votre sage-femme les lit avec votre histoire et vos résultats antérieurs.
IgG négatives, IgM négatives : jamais infectée, pas protégée
Aucun signe d'infection ancienne ou en cours. Pour la rubéole, vous n'êtes pas immunisée ; un résultat douteux est considéré comme non immun[9], et le vaccin est proposé après la naissance[8]. Pour la toxoplasmose ou le CMV, quelques précautions simples valent la peine : viande bien cuite, fruits et légumes lavés, et éviter le contact avec la salive et l'urine des jeunes enfants, qui contiennent beaucoup de CMV[13].
IgG positives, IgM négatives : infection ancienne ou immunité
C'est le résultat le plus fréquent. Il indique une infection ou un vaccin avant cette grossesse. Pour la rubéole et la varicelle, c'est une protection. Pour le CMV, c'est rassurant sans être une garantie : une infection ancienne n'exclut pas une infection du bébé[12]. Notre page sur les anticorps IgG explique ce marqueur en général.
IgG négatives, IgM positives : infection toute récente ou fausse alerte
Les IgM peuvent venir d'une infection très récente, avant l'apparition des IgG, mais certaines IgM naturelles réagissent avec le test sans aucune infection[11]. L'étape suivante est souvent une deuxième prise de sang deux à trois semaines plus tard : si les IgG deviennent positives (séroconversion), l'infection est réelle et récente[12]. Plus de détails dans notre guide du dosage des IgM.
IgG positives, IgM positives : quand l'infection a-t-elle eu lieu ?
Ce profil ne prouve pas une infection récente. Les IgM de la toxoplasmose peuvent rester détectables jusqu'à 18 mois après l'infection[10]. Un test d'avidité des IgG aide à dater l'infection : les anticorps se fixent plus fortement à mesure que les mois passent. Pour la toxoplasmose, une avidité forte exclut une infection datant de moins de 4 mois, tandis qu'une avidité faible fait penser à une infection récente sans la prouver[11]. Pour le CMV, des IgM positives, des IgG positives et une avidité faible orientent vers une primo-infection[12]. Comme ces résultats sont faciles à mal interpréter, une confirmation par un laboratoire de référence est conseillée pour la toxoplasmose[10].
Herpès : uniquement des IgG spécifiques de type
Les IgM de l'herpès ne sont pas recommandées : elles ne distinguent pas les types 1 et 2 et peuvent être positives lors d'une simple récidive[14]. Les IgG spécifiques de type peuvent toutefois repérer une femme à risque d'attraper un herpès génital pendant la grossesse, par exemple quand son partenaire en a un et pas elle[14].
Comment se préparer aux sérologies de grossesse ?
Ces sérologies se font sur une simple prise de sang.
- Pas besoin d'être à jeun pour les sérologies, sauf si d'autres analyses sont faites sur le même prélèvement.
- Apportez vos anciens résultats, surtout ceux d'avant la grossesse : des IgG négatives puis positives sont la preuve la plus nette d'une infection nouvelle.
- Apportez votre carnet de vaccination (ROR et varicelle) : une vaccination documentée compte comme preuve d'immunité[9][16].
- Signalez vos symptômes ou contacts récents : fièvre, éruption, douleurs articulaires, ou contact avec un enfant qui a une éruption.
Quand consulter pour un résultat de sérologie de grossesse ?
Quand consulter
- Urgence : appelez le 15 (SAMU) ou le 112 en cas de saignement vaginal abondant, de douleur intense au ventre, de convulsion, ou de fièvre avec confusion pendant la grossesse.
- Dans les 24 à 48 heures si vous êtes enceinte et avez de la fièvre avec une éruption, ou si vous avez été en contact avec une personne atteinte de rubéole, de varicelle ou de parvovirus sans être immunisée[15].
- Au prochain rendez-vous pour des IgM positives, une avidité faible, une sérologie de la syphilis positive, ou des IgG négatives pour la rubéole ou la varicelle.
Questions à poser à votre médecin ou à votre sage-femme
- Quelles infections recherchez-vous, et pourquoi celles-ci ?
- Suis-je immunisée contre la rubéole et la varicelle ? Faut-il me vacciner après l'accouchement ?
- Mes IgM sont positives : faut-il refaire la prise de sang ou un test d'avidité, et quand ?
- Ce résultat doit-il être confirmé par un laboratoire de référence ?
- Quelles précautions prendre si je ne suis pas immunisée contre la toxoplasmose ou le CMV ?
- Faut-il une sérologie du CMV dans mon cas ?
Questions fréquentes
Que veut dire un bilan TORCH négatif ?
Aucun anticorps n'a été trouvé contre les infections testées : pas de signe d'infection ancienne ou en cours. C'est aussi une absence d'immunité : pour la rubéole, le vaccin est proposé après l'accouchement[8] ; pour la toxoplasmose et le CMV, les précautions du quotidien comptent.
Faut-il faire ces sérologies avant d'être enceinte ?
Vérifier son immunité contre la rubéole et la varicelle avant la grossesse est utile, car ces vaccins se font avant la conception : il faut éviter une grossesse pendant 4 semaines après le vaccin ROR[9]. Demandez à votre médecin quels autres examens ont du sens pour vous.
Fait-on un bilan TORCH après une fausse couche ?
Une série de sérologies explique rarement une fausse couche isolée, mais une recherche de syphilis est recommandée après toute mort fœtale au-delà de 20 semaines[5].
Le bilan TORCH sert-il chez le nouveau-né ?
Oui, quand un bébé a des signes d'infection congénitale[1]. Pour le CMV, le nouveau-né est testé par PCR sur la salive, l'urine ou le sang dans les 2 à 3 semaines après la naissance, car les sérologies ne permettent pas de diagnostiquer un CMV congénital[13].
Articles liés
- Test sanguin de toxoplasmoseIgG, IgM et avidité de la toxoplasmose, en détail.
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Références
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- Assemblée nationale. Question écrite n° 11822 et réponse du ministère chargé de la Santé sur le dépistage du cytomégalovirus pendant la grossesse. JO du 7 juillet 2026. assemblee-nationale.fr (consulté le 1er novembre 2026)
Cet article donne des informations générales sur la santé. Il ne remplace pas un examen, un diagnostic ni un traitement par un médecin ou une sage-femme. Pendant la grossesse, en cas de saignement abondant, de douleur intense ou de fièvre avec confusion, appelez le 15 sans attendre.



