Cytomégalovirus (CMV) : symptômes, sérologie IgG et IgM, grossesse et nouveau-né

L'essentiel
Le cytomégalovirus (CMV) est un virus très courant de la famille des herpès, qui reste en sommeil dans le corps toute la vie. Chez une personne en bonne santé, il passe souvent inaperçu ou ressemble à une mononucléose qui guérit seule. Il compte surtout pendant la grossesse, chez le bébé infecté avant la naissance et chez les personnes immunodéprimées. La sérologie CMV lit les IgG et les IgM, l'avidité des IgG et, si besoin, l'ADN du virus par PCR.
Le cytomégalovirus, qu'est-ce que c'est ?
- Nom médical : cytomégalovirus, ou herpèsvirus humain de type 5, abrégé en CMV[7]. Il reste à vie, peut se réactiver, et une autre souche peut réinfecter[1].
- Fréquence : en France, 45,6 % des femmes de 15 à 49 ans avaient des anticorps contre le CMV (données de 2010), jusqu'à 90 % dans les départements et régions d'outre-mer[11]. Dans le monde, environ 83 % des personnes portent des anticorps anti-CMV[8].
- CMV congénital : environ 1 bébé sur 200 naît infecté, et environ 1 sur 5 de ces bébés garde des malformations ou des problèmes de santé durables[2].
- Analyses clés : IgG et IgM anti-CMV, avidité des IgG, et ADN du CMV par PCR[3][6].
Quels sont les symptômes du cytomégalovirus ?
La plupart des personnes n'ont aucun symptôme. Quand il y en a, ils sont en général légers : fièvre, mal de gorge, fatigue et ganglions gonflés ; parfois, le CMV donne une mononucléose ou une hépatite[1]. Des douleurs musculaires et une éruption cutanée sont aussi possibles[5].
- Mononucléose à CMV : elle ressemble à la mononucléose à virus d'Epstein-Barr, avec fièvre, transaminases élevées et lymphocytes atypiques, mais en général peu de mal de gorge et un MNI-test négatif[7].
- Guérison : en 4 à 6 semaines environ, sans médicament spécifique[5].
- Personnes immunodéprimées : la réactivation peut toucher les poumons, le tube digestif, le cerveau ou, au stade avancé du VIH, la rétine[7].
- Nouveau-nés infectés avant la naissance : éruption, jaunisse, petite tête, petit poids de naissance, convulsions ; une surdité peut apparaître plus tard, même après un test auditif normal à la naissance[2].
Quand consulter pour un CMV ?
Quand consulter
- Urgence : appelez le 15 (SAMU) ou le 112 en cas de douleur brutale et intense en haut à gauche du ventre, qui peut signaler une rupture de la rate[5], ou si un nouveau-né convulse.
- Dans les 24 à 48 heures si vous êtes enceinte avec de la fièvre et un tableau de mononucléose, ou des IgM anti-CMV positives[9]. De même pour une fièvre ou une vision trouble après une greffe.
- Au prochain rendez-vous pour un résultat d'IgG ou d'IgM inexpliqué, ou si votre bébé n'a pas validé le dépistage auditif de la maternité.
Comment attrape-t-on le CMV, et qui est à risque ?
Le CMV se transmet par la salive, l'urine, le sang, les larmes, le sperme et le lait maternel, mais aussi par les greffes, les transfusions et de la mère au bébé[1].
- Fréquent Une première infection dans l'enfance ou l'adolescence, souvent silencieuse[1].
- Fréquent Parents de jeunes enfants et professionnels de la petite enfance : le contact avec les tout-petits est le principal facteur de risque de primo-infection pendant la grossesse : un enfant infecté élimine longtemps le virus dans ses urines et sa salive[9].
- Possible Greffe d'organe ou de cellules souches, infection à VIH avancée (sida)[7].
- Rare Complications chez une personne en bonne santé : syndrome de Guillain-Barré, colite, pneumonie ou rupture de la rate[5].
Comment lire une sérologie CMV : IgG, IgM et avidité ?
La sérologie sert devant une mononucléose à MNI-test négatif, pendant la grossesse et autour d'une greffe. Le médecin peut ajouter une numération formule sanguine, une numération des plaquettes et un bilan du foie comme les ALAT[5].
| IgG anti-CMV | IgM anti-CMV | Lecture habituelle |
|---|---|---|
| Négatives | Négatives | Jamais infecté (« séronégatif »)[3]. |
| Positives | Négatives | Infection ancienne, sans dire quand[3]. |
| Positives | Positives | Infection peut-être récente, mais les IgM apparaissent aussi lors d'une réactivation et durent des mois : l'avidité aide à trancher[3][9]. |
| Négatives, puis positives sur une deuxième prise de sang | Quelles qu'elles soient | Preuve nette d'une primo-infection récente (séroconversion)[3]. |
Nos pages sur les IgG et les IgM expliquent ces classes d'anticorps. Les IgM anti-CMV persistent dans 50 à 80 % des prélèvements jusqu'à 6 mois après une primo-infection, et les faux positifs existent[9]. Les IgG récentes se lient faiblement (avidité faible), puis plus fortement en 2 à 4 mois[3]. Exemple de début de grossesse :
| Analyse | Résultat | Valeurs de référence | Interprétation |
|---|---|---|---|
| IgG anti-CMV | 48,0 UA/mL | Négatif : < 6,0 ; positif : ≥ 6,0 | POS |
| IgM anti-CMV | 1,9 (index) | Négatif : < 0,85 ; douteux : 0,85 à 0,99 ; positif : ≥ 1,00 | POS |
| Indice d'avidité des IgG anti-CMV | 22 % (faible) | Faible : < 50 % ; intermédiaire : 50 à 60 % ; forte : > 60 % | ↓ |
- Unités et seuils : chaque trousse a ses unités et ses limites ; seules celles de votre compte-rendu comptent.
- IgG positives : l'infection a eu lieu à un moment donné[3].
- IgM positives : compatibles avec une infection récente, sans la prouver[3].
- Avidité faible : avec des IgM positives, c'est un argument fiable de primo-infection datant de quelques mois[3]. Une avidité forte au premier trimestre rend peu probable une infection récente ; une valeur intermédiaire est recontrôlée[9].
IgG, IgM et avidité, chacune avec ses unités ? BloodSense explique chaque ligne de votre compte-rendu complet avec des mots simples et vous aide à préparer vos questions.
Comprendre ma sérologie CMVPCR (ADN du virus) : la PCR mesure la quantité de virus (charge virale). Une PCR négative peut manquer de très faibles quantités[6], et de l'ADN de CMV dans le sang ne prouve pas à lui seul une maladie[7]. Voir notre guide des résultats de PCR.
Cytomégalovirus et grossesse : quels risques pour le bébé ?
Une primo-infection à CMV survient dans 1 à 2 % des grossesses, et le virus passe au bébé dans environ 32 % des cas[9]. Les séquelles graves concernent surtout le premier trimestre : environ 23 % des fœtus alors infectés gardent des troubles durables[9]. Une réactivation ou une réinfection peut aussi toucher le bébé[9].
- Le dépistage change en France. En juin 2025, la Haute Autorité de santé (HAS) a rendu un avis favorable à un dépistage systématique au premier trimestre chez les femmes séronégatives ou de statut inconnu, à réévaluer après 3 ans[11]. Ses recommandations d'août 2026 prévoient une sérologie dès le projet de grossesse, répétée toutes les 4 semaines si elle est négative, la dernière entre 13 et 14 semaines d'aménorrhée, et aucune si l'immunité est déjà connue[13]. Le consensus européen de 2024 va dans le même sens[9].
- Confirmer une infection récente : par une séroconversion, ou par des IgM positives avec des IgG positives et une avidité faible[3].
- Le bébé est-il infecté ? La PCR sur liquide amniotique est fiable dès 17 semaines, au moins 8 semaines après l'infection de la mère ; négative, elle rassure[9]. En France, elle est proposée à partir de 18 semaines d'aménorrhée, comme un choix et non de façon automatique[13].
- Traitement pour limiter la transmission : après une primo-infection autour de la conception ou au premier trimestre, le consensus européen recommande l'antiviral valaciclovir, qui réduit la transmission d'environ 70 %[9]. En France, il est prescrit hors autorisation de mise sur le marché, sans signal de malformation[11], après avis d'une équipe spécialisée.
Comment dépister le CMV congénital chez le nouveau-né ?
Les anticorps ne permettent pas de diagnostiquer un CMV congénital[3]. Le test est une PCR sur la salive (plus d'une heure après la tétée), confirmée sur les urines, faite dans les 3 semaines suivant la naissance ; plus tard, on ne peut plus distinguer une infection avant la naissance d'une infection après[3][4]. Le CMV congénital fait aussi partie des infections en cause dans certaines paralysies cérébrales.
Quel suivi biologique, et à quel rythme ?
- Après une greffe : le risque est évalué avant l'intervention selon le statut CMV du donneur (D) et du receveur (R). Pour un rein, D+/R− est à haut risque, R+ à risque intermédiaire et D−/R− à faible risque[10]. Soit un traitement préventif est donné pendant des mois, soit l'ADN du CMV est mesuré dans le sang (chaque semaine si le risque est haut) et traité s'il monte[10].
- Lire une charge virale : les résultats sont donnés en UI/mL, souvent aussi en log ; une variation de moins de 0,5 log (environ 3 fois) peut ne pas être significative : comparez le même laboratoire et le même prélèvement[10].
- Enfants avec un CMV congénital : contrôles de l'audition jusqu'à 5 ans au moins après une infection du premier trimestre ou de date inconnue[9].
- Adulte en bonne santé : votre médecin décide s'il faut recontrôler des transaminases élevées.
Comment se soigne le CMV ?
Aucune dose n'est donnée ici : le traitement est décidé par l'équipe médicale.
- Personne en bonne santé : en général, pas de traitement en dehors du repos et du soulagement des symptômes[1][5].
- Personne immunodéprimée : antiviraux comme le ganciclovir ou le valganciclovir, souvent avec une baisse des traitements immunosuppresseurs après une greffe[7].
- Nouveau-né avec des symptômes importants : 6 mois de traitement antiviral sont recommandés[9] ; il peut améliorer l'audition mais demande une surveillance étroite[2].
Comment éviter le CMV pendant la grossesse ?
- Lavez-vous les mains à l'eau et au savon après avoir changé une couche ou mouché un enfant[2][13].
- Ne partagez pas couverts, verres, nourriture, brosse à dents ni tétine avec un jeune enfant, et évitez de l'embrasser sur la bouche[2][13].
- Adoptez ces gestes dès le projet de grossesse et gardez-les tout le premier trimestre, quand ils comptent le plus[9].
- Aucun vaccin contre le CMV n'est autorisé ; des candidats sont encore en essais cliniques[9].
Questions à poser à votre médecin ou à votre sage-femme
- Mes IgG et IgM indiquent-elles une infection ancienne, récente ou une réactivation ?
- Faut-il un indice d'avidité, et quel laboratoire le réalise ?
- Enceinte : faut-il parler d'amniocentèse ou de traitement ?
- Après ma greffe : à quel rythme contrôler ma charge virale CMV ?
Questions fréquentes
Le cytomégalovirus et la mononucléose, est-ce la même chose ?
Non. La mononucléose classique est due au virus d'Epstein-Barr. Le CMV peut donner une maladie très proche, mais le MNI-test est négatif et la sérologie CMV positive[7].
Cytomégalovirus IgG positif pendant la grossesse : suis-je protégée ?
Le risque est plus faible, mais pas nul : une réinfection ou une réactivation peut encore atteindre le bébé, et des IgG positives n'excluent pas une infection du fœtus[9]. Les gestes d'hygiène restent utiles.
Quelle différence avec la toxoplasmose dans le bilan de grossesse ?
Les deux se lisent avec IgG, IgM et avidité, mais la toxoplasmose est un parasite qui vient surtout de la viande mal cuite et de la litière du chat. Voir notre page sur la sérologie de la toxoplasmose.
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- Centers for Disease Control and Prevention. About cytomegalovirus. 17 janvier 2025. cdc.gov (consulté le 26 octobre 2026)
- Centers for Disease Control and Prevention. About congenital CMV. 17 janvier 2025. cdc.gov (consulté le 26 octobre 2026)
- Centers for Disease Control and Prevention. Laboratory testing for CMV and congenital CMV. 15 avril 2024. cdc.gov (consulté le 26 octobre 2026)
- Centers for Disease Control and Prevention. Clinical overview of CMV and congenital CMV. 6 novembre 2024. cdc.gov (consulté le 26 octobre 2026)
- MedlinePlus Medical Encyclopedia. Cytomegalovirus (CMV) infection. Revu le 29 août 2024. US National Library of Medicine. medlineplus.gov (consulté le 26 octobre 2026)
- MedlinePlus. Cytomegalovirus (CMV) tests. Mis à jour le 9 septembre 2026. US National Library of Medicine. medlineplus.gov (consulté le 26 octobre 2026)
- Manuel MSD, version pour professionnels de santé. Cytomegalovirus (CMV) infection. Revu en janvier 2026. merckmanuals.com (consulté le 26 octobre 2026)
- Zuhair M, Smit GSA, Wallis G, et al. Estimation of the worldwide seroprevalence of cytomegalovirus: a systematic review and meta-analysis. Rev Med Virol. 2019;29(3):e2034. doi:10.1002/rmv.2034 (consulté le 26 octobre 2026)
- Leruez-Ville M, Chatzakis C, Lilleri D, et al. Consensus recommendation for prenatal, neonatal and postnatal management of congenital cytomegalovirus infection from the European congenital infection initiative (ECCI). Lancet Reg Health Eur. 2024;40:100892. doi:10.1016/j.lanepe.2024.100892 (consulté le 26 octobre 2026)
- Kotton CN, Kumar D, Manuel O, et al. The fourth international consensus guidelines on the management of cytomegalovirus in solid organ transplantation. Transplantation. 2025;109(7):1066-1110. doi:10.1097/TP.0000000000005374 (consulté le 26 octobre 2026)
- VIDAL. Infection à cytomégalovirus : la HAS recommande un dépistage systématique pendant la grossesse. 26 juin 2025. vidal.fr (consulté le 26 octobre 2026)
- Assemblée nationale. Question écrite n° 11822 et réponse du ministère chargé de la Santé sur le dépistage du cytomégalovirus pendant la grossesse. JO du 7 juillet 2026. assemblee-nationale.fr (consulté le 26 octobre 2026)
- Parole de sages-femmes. Dépistage du CMV au 1er trimestre de grossesse : la HAS publie de nouvelles recommandations. 10 août 2026. paroledesagesfemmes.com (consulté le 26 octobre 2026)
Cette page donne des informations générales. Elle ne remplace pas l'avis d'un médecin ou d'une sage-femme, qui interprète vos résultats avec vos symptômes, vos antécédents et le terme de la grossesse.



