L'essentiel

La thyroïdite de Hashimoto est une maladie auto-immune : le système immunitaire abîme lentement la thyroïde. C'est la cause auto-immune d'hypothyroïdie la plus fréquente, et elle touche 4 à 10 fois plus souvent les femmes. Le diagnostic repose sur la TSH, la T4 libre (T4L) et les anticorps anti-thyroïdiens. Selon le cas : simple surveillance par prise de sang, ou un comprimé d'hormone chaque jour. Appelez le 15 (SAMU) ou le 112 en cas de confusion, de somnolence extrême ou de difficulté à respirer.

La thyroïdite de Hashimoto, qu'est-ce que c'est ?

La thyroïdite de Hashimoto, aussi appelée maladie de Hashimoto, thyroïdite chronique lymphocytaire ou thyroïdite auto-immune, est une maladie auto-immune de la thyroïde[2]. Globules blancs et anticorps attaquent la glande, qui peut ne plus fabriquer assez d'hormones[1]. Elle est la plus fréquente des hypothyroïdies (thyroïde qui fonctionne au ralenti) d'origine auto-immune ; en France, la moitié des hypothyroïdies sont auto-immunes[15], et 1 à 2 personnes sur 100 ont une hypothyroïdie, surtout des femmes, en moyenne vers 60 ans[14]. Les anticorps thyroïdiens sont fréquents : une grande enquête américaine a trouvé des anticorps anti-TPO chez environ 11 % des personnes de 12 ans et plus[7].

  • Qui : surtout des femmes, souvent entre 30 et 50 ans, mais aussi des adolescents, des hommes et des personnes âgées[1].
  • Analyses clés : TSH, T4 libre et anticorps anti-thyroïdiens (anti-TPO, puis anti-thyroglobuline)[13].
  • Traitement : aucun tant que la thyroïde fonctionne normalement ; lévothyroxine quand une hypothyroïdie apparaît[2].

Quels sont les symptômes de la thyroïdite de Hashimoto ?

Beaucoup de personnes n'ont aucun symptôme au début[1]. Le premier signe peut être un goitre : un gonflement indolore à l'avant du cou[1].

Quand le taux d'hormones baisse, les symptômes sont ceux de l'hypothyroïdie et s'installent progressivement[1] :

  • Fréquent Fatigue, prise de poids et frilosité[1].
  • Fréquent Peau sèche, cheveux secs ou plus fins, constipation[1].
  • Fréquent Douleurs articulaires et musculaires[1].
  • Possible Règles abondantes ou irrégulières, ou difficulté à tomber enceinte[1].
  • Possible Un cœur qui bat plus lentement[1].
  • Rare Une courte phase d'hyperactivité au début (hashitoxicose), avec palpitations ou perte de poids[1].

Ces symptômes ont bien d'autres causes : seule la prise de sang confirme le diagnostic.

Thyroïdite de Hashimoto : quand consulter ?

Quand consulter

  • Urgence : appelez le 15 (SAMU) ou le 112 en cas de confusion, de somnolence extrême, de température du corps très basse, de respiration lente ou difficile, ou de malaise chez une personne avec une hypothyroïdie connue ou suspectée. Une hypothyroïdie non traitée peut, rarement, conduire au myxœdème, un ralentissement grave de l'organisme qui met la vie en danger[1].
  • Dans les 24 à 48 heures si vous prenez de la lévothyroxine et avez le cœur qui bat vite ou de façon irrégulière, une gêne dans la poitrine ou des tremblements, signes possibles d'une dose trop forte[1], ou si vous venez d'apprendre que vous êtes enceinte et avez une thyroïdite de Hashimoto[13].
  • Au prochain rendez-vous pour une fatigue qui dure, une prise de poids, une frilosité, une peau sèche, un gonflement indolore du cou, ou une TSH marquée « H » sur une prise de sang de routine.

Quelles sont les causes de la maladie de Hashimoto, et qui est à risque ?

La cause exacte est inconnue. Elle vient très probablement de gènes associés à des facteurs environnementaux et épigénétiques[1][9].

  • Fréquent Être une femme : la maladie est 4 à 10 fois plus fréquente chez les femmes que chez les hommes[1].
  • Fréquent Des antécédents familiaux de maladie de la thyroïde[1][3].
  • Fréquent Une autre maladie auto-immune, comme la maladie cœliaque, le lupus, la polyarthrite rhumatoïde, le syndrome de Gougerot-Sjögren ou le diabète de type 1[1].
  • Possible Certains virus, comme celui de l'hépatite C, pourraient jouer un rôle[1].
  • Rare L'exposition à des toxiques comme les radiations nucléaires[1].

Comment diagnostiquer une thyroïdite de Hashimoto, et comment lire la prise de sang ?

Le médecin vous interroge, palpe votre cou et prescrit une prise de sang[1], dans l'ordre recommandé par la Haute Autorité de santé (HAS)[13] :

  • D'abord la TSH seule. La T4 libre est dosée ensuite si la TSH dépasse 10 mUI/L, ou si elle reste anormale sur un 2e prélèvement au moins 6 semaines plus tard, « en cascade » sur le même tube. La T3 libre n'est pas utile[13].
  • Puis les anticorps anti-TPO pour chercher une cause auto-immune ; s'ils sont positifs, inutile de les redoser. Les anticorps anti-thyroglobuline (anti-Tg) viennent en second, si les anti-TPO sont négatifs et qu'une cause auto-immune reste suspectée[13].
  • L'imagerie n'est en général pas nécessaire : la scintigraphie n'a pas d'utilité ici, et l'échographie ne sert que dans quelques cas précis, par exemple un nodule[1][13].

La plupart des personnes atteintes ont des anti-TPO, des anti-Tg ou les deux[4]. Voici un compte-rendu fictif avec un profil typique du début de la maladie.

Exemple fictif de compte-rendu de bilan thyroïdien (format d'un laboratoire français)
AnalyseRésultatValeurs de référenceInterprétation
TSH (thyréostimuline)7,8 mUI/L0,4 à 4,8 mUI/L↑
T4 libre (T4L)13 pmol/L10,3 à 24,5 pmol/LNormal
Anticorps anti-thyroperoxydase (anti-TPO)210 UI/mLInférieur à 35 UI/mL↑
Anticorps anti-thyroglobuline (anti-Tg)12 UI/mLInférieur à 40 UI/mLNormal
  1. TSH : le signal envoyé par l'hypophyse à la thyroïde. Elle monte quand la glande commence à peiner, souvent avant que la T4 libre ne baisse[5].
  2. T4 libre : la forme active, non liée, de la principale hormone thyroïdienne, encore normale ici. Une TSH élevée avec une T4L normale, retrouvée sur 2 prélèvements à au moins 6 semaines d'intervalle, s'appelle une hypothyroïdie fruste ; une TSH au-dessus de 10 mUI/L avec une T4L basse, une hypothyroïdie avérée[13].
  3. Anti-TPO et anti-Tg : un résultat positif oriente vers une cause auto-immune comme la thyroïdite de Hashimoto[4]. Un seul anticorps positif suffit. Les seuils des anticorps varient beaucoup d'une technique et d'un laboratoire à l'autre.

Un bilan thyroïdien avec une flèche à côté de la TSH ou des anticorps ? BloodSense explique chaque ligne de votre compte-rendu complet avec des mots simples et vous aide à préparer vos questions pour la prochaine consultation.

Comprendre mon bilan thyroïdien

Chez l'adulte, les valeurs habituelles sont de 0,4 à 4,8 mUI/L pour la TSH et de 10,3 à 24,5 pmol/L pour la T4 libre[5][6]. Après 60 ans, la HAS propose une limite haute de TSH égale à la décennie d'âge, par exemple 8 mUI/L entre 80 et 89 ans[13]. Anticorps positifs et TSH normale : auto-immunité sans défaillance de la thyroïde. Dans une étude suivie 20 ans, les femmes ayant à la fois une TSH élevée et des anticorps positifs avaient un risque d'hypothyroïdie bien plus élevé que les autres[8].

Chaque analyse a son guide : le bilan thyroïdien expliqué, le dosage de la TSH, la T4 libre, ce que signifie un résultat anti-TPO élevé, et l'analyse des anticorps anti-TPO dans notre dictionnaire.

Quel suivi pour une thyroïdite de Hashimoto ?

Le suivi dépend du fonctionnement de votre thyroïde :

  • Anticorps positifs, thyroïde normale : pas de traitement ; le médecin surveille les symptômes et les hormones dans le temps[1][2]. Sans traitement, la HAS conseille une TSH à 1 an, puis tous les 2 à 3 ans si elle reste stable[13].
  • Sous lévothyroxine : une TSH 6 à 8 semaines après le début du traitement, et après chaque changement de dose, puis une fois par an quand l'équilibre est trouvé[1][13].
  • Anticorps : inutile de les redoser ; le traitement est guidé par la TSH, pas par le chiffre des anticorps[2][13].
  • Grossesse : chez une femme déjà traitée, la dose est augmentée dès que la grossesse est connue, et la TSH est contrôlée toutes les 4 à 6 semaines jusqu'à 22 semaines d'aménorrhée, puis une fois entre 30 et 34 semaines[11][13].

Comment soigner une thyroïdite de Hashimoto ?

Le traitement remplace l'hormone que la thyroïde ne fabrique plus, sans arrêter l'attaque auto-immune. Aucune dose n'est donnée ici : le médecin l'adapte à votre TSH[2].

  • La lévothyroxine est identique à la T4 fabriquée par la thyroïde et c'est le traitement de référence[10][13]. La HAS rappelle qu'il s'agit d'un médicament à marge thérapeutique étroite[13]. Il se prend une fois par jour, à jeun, 30 à 60 minutes avant le petit-déjeuner[1][15].
  • Hypothyroïdie fruste : le traitement se discute selon la TSH, l'intensité des symptômes et le ressenti. La HAS le propose si la TSH dépasse 10 mUI/L, ou si elle est entre 4 et 10 mUI/L avec des signes d'hypothyroïdie, des anti-TPO positifs, un goitre ou un risque cardiovasculaire[13].
  • La bonne dose compte : trop de lévothyroxine peut causer une fibrillation atriale ou une ostéoporose, d'où la poursuite des prises de sang[1]. Certains médicaments et compléments, comme le calcium ou le fer, ainsi que le soja ou le café pris en même temps, diminuent son absorption : signalez ce que vous prenez à votre médecin et à votre pharmacien[10][15].
  • Une nouvelle grosseur dans le cou doit être examinée : très rarement, un lymphome ou un cancer de la thyroïde peut apparaître dans une thyroïdite de Hashimoto[3][9].

La plupart des personnes avec une hypothyroïdie avérée due à la maladie de Hashimoto ont besoin d'un traitement à vie[2][15]. Non traitée, l'hypothyroïdie peut augmenter le cholestérol et favoriser les maladies du cœur et l'insuffisance cardiaque[1] ; voir nos pages sur l'hypercholestérolémie et l'insuffisance cardiaque.

Hashimoto : alimentation, sélénium, que faire au quotidien ?

Quelques habitudes aident :

  • Prenez la lévothyroxine chaque jour à la même heure, comme prescrit, et ne l'arrêtez pas de vous-même, même si vous vous sentez mieux[1][15].
  • Limitez les produits très riches en iode : algues (kombu, dulse…), compléments d'iode, certains sirops contre la toux ; demandez à votre équipe soignante ce qu'il faut limiter[1].
  • Ne commencez pas de compléments d'iode ou de sélénium sans avis. Le sélénium et la vitamine D sont à l'étude, et il n'existe pas encore de recommandation précise[1].
  • Prévenez votre médecin avant un projet de grossesse : une hypothyroïdie non traitée peut causer des problèmes pendant la grossesse[1][15].

Pour le sélénium, une méta-analyse de 2024 portant sur 35 essais randomisés a montré que les compléments abaissaient les anticorps anti-TPO et, chez les personnes sans hormone thyroïdienne, baissaient un peu la TSH, sans changement de la T4 libre[12]. Il ne remplace pas la lévothyroxine : parlez-en à votre médecin. La page sur le dosage du sélénium explique comment on le mesure.

Questions à poser à votre médecin

  1. Mes résultats de TSH, de T4 libre et d'anticorps correspondent-ils à une thyroïdite de Hashimoto ?
  2. Ma thyroïde fonctionne-t-elle encore normalement, ou ai-je une hypothyroïdie ?
  3. Ai-je besoin d'un traitement maintenant, ou seulement de prises de sang régulières ?
  4. Tous les combien faut-il contrôler ma TSH, et dois-je prendre mon comprimé avant la prise de sang ?
  5. Que faire si j'ai un projet de grossesse ?

Questions fréquentes

La maladie de Hashimoto, est-ce la même chose qu'une hypothyroïdie ?

Non. L'hypothyroïdie est le fait de manquer d'hormone thyroïdienne. La maladie de Hashimoto est une maladie qui y conduit souvent, mais pas toujours : certaines personnes ont des anticorps pendant des années avec une thyroïde normale[2].

Comment évolue la maladie de Hashimoto ?

Il n'existe pas de classement officiel en stades. Les médecins décrivent l'évolution selon le fonctionnement de la thyroïde : anticorps avec thyroïde normale, puis hypothyroïdie fruste, puis hypothyroïdie avérée. Les besoins de traitement diffèrent à chaque étape[2][13].

Hashimoto peut-il donner une hyperthyroïdie ?

Rarement, au début, la glande enflammée libère ses réserves d'hormones et provoque une hyperthyroïdie passagère[1]. Une hyperactivité qui dure a en général une autre cause, comme la maladie de Basedow, l'autre grande maladie auto-immune de la thyroïde.

Faut-il supprimer le gluten ?

Pas pour la maladie de Hashimoto seule : il n'existe pas de régime spécifique[1]. Elle est en revanche plus fréquente en cas de maladie cœliaque, et la maladie cœliaque, elle, impose un régime strict sans gluten[1].

Articles liés

  1. National Institute of Diabetes and Digestive and Kidney Diseases. Hashimoto's Disease. National Institutes of Health. niddk.nih.gov (consulté le 28 octobre 2026)
  2. American Thyroid Association. Hashimoto's Thyroiditis. thyroid.org (consulté le 28 octobre 2026)
  3. MedlinePlus Medical Encyclopedia. Chronic thyroiditis (Hashimoto disease). US National Library of Medicine. medlineplus.gov (consulté le 28 octobre 2026)
  4. MedlinePlus. Thyroid Antibody Tests. US National Library of Medicine. medlineplus.gov (consulté le 28 octobre 2026)
  5. MedlinePlus Medical Encyclopedia. TSH test. US National Library of Medicine. medlineplus.gov (consulté le 28 octobre 2026)
  6. MedlinePlus Medical Encyclopedia. FT4 test. US National Library of Medicine. medlineplus.gov (consulté le 28 octobre 2026)
  7. Hollowell JG, Staehling NW, Flanders WD, et al. Serum TSH, T4, and thyroid antibodies in the United States population (1988 to 1994): National Health and Nutrition Examination Survey (NHANES III). J Clin Endocrinol Metab. 2002;87(2):489-499. doi:10.1210/jcem.87.2.8182 (consulté le 28 octobre 2026)
  8. Vanderpump MP, Tunbridge WM, French JM, et al. The incidence of thyroid disorders in the community: a twenty-year follow-up of the Whickham Survey. Clin Endocrinol (Oxf). 1995;43(1):55-68. doi:10.1111/j.1365-2265.1995.tb01894.x (consulté le 28 octobre 2026)
  9. Ralli M, Angeletti D, Fiore M, et al. Hashimoto's thyroiditis: an update on pathogenic mechanisms, diagnostic protocols, therapeutic strategies, and potential malignant transformation. Autoimmun Rev. 2020;19(10):102649. doi:10.1016/j.autrev.2020.102649 (consulté le 28 octobre 2026)
  10. Jonklaas J, Bianco AC, Bauer AJ, et al. Guidelines for the treatment of hypothyroidism: prepared by the American Thyroid Association Task Force on Thyroid Hormone Replacement. Thyroid. 2014;24(12):1670-1751. doi:10.1089/thy.2014.0028 (consulté le 28 octobre 2026)
  11. Alexander EK, Pearce EN, Brent GA, et al. 2017 Guidelines of the American Thyroid Association for the diagnosis and management of thyroid disease during pregnancy and the postpartum. Thyroid. 2017;27(3):315-389. doi:10.1089/thy.2016.0457 (consulté le 28 octobre 2026)
  12. Huwiler VV, Maissen-Abgottspon S, Stanga Z, et al. Selenium supplementation in patients with Hashimoto thyroiditis: a systematic review and meta-analysis of randomized clinical trials. Thyroid. 2024;34(3):295-313. doi:10.1089/thy.2023.0556 (consulté le 28 octobre 2026)
  13. Haute Autorité de santé. Prise en charge des hypothyroïdies chez l'adulte. Fiche de synthèse, décembre 2022. has-sante.fr (consulté le 28 octobre 2026)
  14. Haute Autorité de santé. Hypothyroïdie : 10 messages courts pour promouvoir des traitements utiles et adaptés. Communiqué de presse, 19 mars 2019. has-sante.fr (consulté le 28 octobre 2026)
  15. Santé.fr, Service public d'information en santé (ministère chargé de la santé). Hypothyroïdie. sante.fr (consulté le 28 octobre 2026)

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