Infarctus du myocarde : symptômes, examens, traitement et suivi

L'essentiel
L'infarctus du myocarde, ou crise cardiaque, survient quand le sang n'arrive plus brutalement à une partie du muscle cardiaque. Une douleur ou une oppression dans la poitrine est le signe le plus fréquent, mais les femmes, les personnes âgées et les diabétiques peuvent surtout ressentir un essoufflement, une grande fatigue ou des nausées. Appelez tout de suite le 15 (SAMU) ou le 112 et ne conduisez pas vous-même. Le diagnostic repose sur l'électrocardiogramme et sur des dosages de troponine répétés.
Infarctus du myocarde : définition et chiffres clés
- Ce que c'est : « myocarde » désigne le muscle du cœur, « infarctus » la mort d'un tissu privé de sang. Sans circulation rétablie vite, la zone touchée meurt[1].
- En France : environ 80 000 infarctus par an ; près de 10 % des victimes meurent dans l'heure qui suit, d'où l'urgence d'appeler le 15[5]. La mortalité à 30 jours est passée de 10,2 % en 1995 à 2,1 % en 2015[5].
- Cause principale : la maladie coronarienne[4].
- Ce n'est pas un arrêt cardiaque : lors d'un arrêt cardiaque, le cœur cesse soudain de battre ; un infarctus peut en être la cause[1].
- Examens clés : un électrocardiogramme (ECG), puis des dosages de troponine répétés à quelques heures d'intervalle[7][8].
Quels sont les symptômes d'un infarctus du myocarde ?
Les symptômes peuvent être brutaux ou progressifs, légers ou intenses, et aller et venir pendant des heures[2] :
- douleur, oppression, sensation de poids ou d'étau au milieu ou à gauche de la poitrine, qui dure souvent plus de 20 minutes[7] ;
- douleur dans un bras ou les deux, le dos, les épaules, le cou, la mâchoire ou le haut du ventre ;
- essoufflement, sueurs froides, nausées ou vomissements ;
- malaise, vertiges, fatigue inhabituelle, cœur qui bat vite ou de façon irrégulière[2].
Chez la femme, la douleur thoracique reste le symptôme le plus fréquent, mais douleur de l'épaule, du dos ou du bras, essoufflement, fatigue et faiblesse inhabituelles, troubles digestifs ou anxiété sont plus fréquents, avec ou sans douleur dans la poitrine[3]. Les femmes attendent souvent plus longtemps avant d'appeler les secours[3]. En France, le taux de femmes de 45 à 65 ans hospitalisées pour un syndrome coronarien aigu a augmenté de 20 % entre 2008 et 2014[13].
Les personnes âgées et les diabétiques peuvent avoir peu ou pas de douleur. Près d'un quart des infarctus ne donnent pas les signes typiques[5], et certains passent inaperçus : ils sont découverts plus tard sur un ECG[2][7].
Angine de poitrine ou infarctus ? L'angine de poitrine stable (angor) survient à l'effort et se calme en quelques minutes au repos ou avec la trinitrine ; la douleur de l'infarctus, non. En cas de doute, appelez le 15[2].
Que faire en cas d'infarctus ?
Quand consulter
- Urgence : appelez immédiatement le 15 (SAMU) ou le 112, même si vous n'êtes pas sûr qu'il s'agisse d'un infarctus[5]. Ne conduisez pas vous-même et ne vous faites pas conduire à l'hôpital : l'équipe du SMUR commence examens et traitement dès son arrivée[2]. Ne croquez une aspirine que si le médecin du SAMU ou votre médecin vous le dit et que vous n'y êtes pas allergique ; ne retardez jamais l'appel pour en prendre une[6]. Si la personne s'effondre et ne respire pas normalement, commencez le massage cardiaque et utilisez un défibrillateur s'il y en a un[6].
- Dans les 24 heures pour une gêne nouvelle dans la poitrine à l'effort qui cède au repos, une angine de poitrine qui revient plus souvent, ou un essoufflement nouveau, surtout si vous êtes diabétique ou avez déjà fait un infarctus.
- Au prochain rendez-vous pour revoir cholestérol, tension, glycémie et médicaments après un infarctus.
Chaque minute compte : le risque de mort subite est le plus élevé dans les premières heures[7].
Quelles sont les causes de l'infarctus et les facteurs de risque ?
La plupart des infarctus partent d'une plaque d'athérome (graisses, cholestérol, calcium) dans une artère coronaire. Quand la plaque se rompt, un caillot se forme et bouche l'artère[4].
- Fréquent Rupture de plaque et caillot, favorisés par l'hypercholestérolémie, l'hypertension artérielle, le tabac, le diabète, l'obésité, la sédentarité, l'âge et les antécédents familiaux[4].
- Possible Un manque d'oxygène par rapport aux besoins du cœur, sans nouveau caillot (infarctus de type 2), par exemple avec une anémie sévère, un rythme très rapide ou une infection grave[10].
- Possible Un infarctus sans artère bouchée (MINOCA), plus fréquent chez la femme et chez les personnes jeunes : spasme d'une artère (tabac, cocaïne) ou caillot venu d'ailleurs jusqu'au cœur[4].
- Rare Une déchirure de la paroi d'une artère coronaire (dissection coronaire spontanée), surtout chez la femme de moins de 50 ans ou autour d'une grossesse[4].
Comment diagnostique-t-on un infarctus ? L'ECG et la troponine
On parle d'infarctus du myocarde quand la troponine monte ou descend au fil du temps, avec au moins une valeur au-dessus de la limite de référence, avec des signes de manque de sang au cœur : symptômes typiques, nouvelles anomalies de l'ECG ou nouvelle lésion à l'imagerie[10].
- Infarctus « ST+ » (STEMI) : un sus-décalage du segment ST sur l'ECG signe en général une artère complètement bouchée, à rouvrir au plus vite sans attendre la prise de sang.
- Infarctus « sans sus-décalage » (NSTEMI) : l'ECG est parfois normal ; le diagnostic repose sur la troponine[7][11]. Si la troponine reste normale malgré les symptômes, on parle d'angor instable, qui est aussi une urgence.
Comment lire des résultats de troponine répétés ?
La troponine sort des cellules cardiaques qui meurent. Ce qui compte, c'est la variation entre deux prélèvements, faits à l'arrivée puis quelques heures plus tard (souvent 1 à 2 heures avec les dosages ultrasensibles)[8][11] :
- Normale, et encore normale des heures après le début des symptômes : un infarctus est peu probable[8].
- Élevée et nettement en hausse ou en baisse : lésion aiguë du cœur ; avec des symptômes ou des anomalies de l'ECG, c'est un infarctus[10].
- Élevée mais stable : plus souvent une atteinte ancienne, par exemple lors d'une maladie rénale chronique[10].
Un premier résultat normal n'écarte pas un infarctus : la troponine commence à monter 2 à 3 heures après son début et peut continuer à augmenter pendant environ 24 heures[8]. Les seuils varient d'un dosage à l'autre, et parfois entre hommes et femmes[10]. La CK-MB et la myoglobine sont aujourd'hui rarement utiles.
| Analyse | Résultat | Valeurs de référence | Interprétation |
|---|---|---|---|
| Troponine T hypersensible, H0 | 21 ng/L | < 14 ng/L | ↑ |
| Troponine T hypersensible, H2 | 68 ng/L | < 14 ng/L | ↑ |
| DFG estimé (CKD-EPI) | 78 mL/min/1,73 m² | > 60 mL/min/1,73 m² | Normal |
| Cholestérol LDL | 1,42 g/L (3,67 mmol/L) | < 1,00 g/L (2,59 mmol/L) | ↑ |
- Deux lignes de troponine : la valeur fait plus que tripler en deux heures. Cette hausse, avec les symptômes, oriente vers un infarctus.
- DFG estimé : la fonction des reins, vérifiée avant certains médicaments et le produit de contraste.
- Cholestérol LDL : il guide le traitement contre le cholestérol après la sortie.
- Valeurs de référence : celles de ce tableau sont des exemples ; seules celles de votre compte-rendu comptent.
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Comprendre mes résultatsLa coronarographie montre quelle artère est bouchée et l'échographie cardiaque comment le cœur se contracte ; un dosage du BNP peut s'y ajouter si une insuffisance cardiaque est suspectée[7].
Quelles analyses de sang après un infarctus ?
- Bilan lipidique : à refaire 4 à 12 semaines après le début ou le changement d'une statine ; si le LDL reste à 0,70 g/L (1,8 mmol/L) ou plus, un autre médicament contre le cholestérol est envisagé[11][12].
- Fonction rénale et potassium : après le début ou le changement de médicaments comme les inhibiteurs de l'enzyme de conversion (IEC).
- Glycémie : glycémie à jeun ou hémoglobine glyquée (HbA1c), car le diabète augmente le risque.
- Numération formule sanguine : en cas de saignement ou d'anémie suspectés sous médicaments qui fluidifient le sang.
Quel est le traitement de l'infarctus du myocarde ?
- Rouvrir l'artère : angioplastie avec pose d'un stent, idéalement dans les 90 minutes suivant l'arrivée à l'hôpital, ou médicament qui dissout le caillot (thrombolyse) ; parfois un pontage[7].
- Médicaments de l'urgence : aspirine ou autre antiagrégant plaquettaire, trinitrine contre la douleur, et surveillance du rythme cardiaque[7].
- Médicaments au long cours : antiagrégants plaquettaires (souvent deux, jusqu'à un an après un stent), une statine, et souvent un bêtabloquant et un IEC[9][11]. Ne les arrêtez jamais de vous-même[7].
Après un infarctus : récupération et prévention d'une récidive
La plupart des personnes survivent et reprennent leurs activités habituelles en quelques semaines[9]. Parmi les complications possibles : l'insuffisance cardiaque et les troubles du rythme[9]. Tristesse et anxiété sont fréquentes au début ; parlez-en si elles durent[7].
- Suivez une réadaptation cardiaque : exercices encadrés, éducation thérapeutique et soutien[9].
- Arrêtez de fumer, mangez équilibré, restez actif et prenez vos médicaments chaque jour[9].
- Gardez tension, cholestérol LDL et glycémie dans vos objectifs.
- Un deuxième infarctus peut se manifester différemment du premier : en cas de doute, appelez le 15[9].
Questions à poser à votre médecin
- Était-ce un infarctus ST+, sans sus-décalage ou de type 2, et pourquoi ?
- Quels objectifs viser pour le cholestérol LDL, la tension et la glycémie ?
- Quand refaire mes analyses de sang ?
- Pouvez-vous m'orienter vers une réadaptation cardiaque, et faire la demande d'ALD ?
Questions fréquentes
Peut-on faire un infarctus avec un ECG normal ?
Oui, surtout sans sus-décalage du ST. D'où la répétition de l'ECG et de la troponine[7].
Une troponine élevée veut-elle toujours dire infarctus ?
Non. Elle peut aussi monter lors de troubles du rythme, d'une myocardite, d'une embolie pulmonaire, d'un sepsis ou après un marathon[8]. On parle alors de lésion myocardique[10].
Peut-on faire un infarctus jeune ?
Oui, plus rarement. La dissection coronaire spontanée, le spasme d'une artère et la cocaïne y sont des causes plus fréquentes[4].
Quand peut-on reprendre une vie sexuelle après un infarctus ?
Le plus souvent, oui, progressivement, comme les autres activités. Demandez à votre médecin ce qui est sans risque pour vous[9].
Articles liés
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- Insuffisance cardiaque congestiveUne complication possible
- National Heart, Lung, and Blood Institute. Heart attack: what is a heart attack? Mis à jour le 24 mars 2022. nhlbi.nih.gov (consulté le 28 octobre 2026)
- National Heart, Lung, and Blood Institute. Heart attack symptoms. Mis à jour le 24 mars 2022. nhlbi.nih.gov (consulté le 28 octobre 2026)
- National Heart, Lung, and Blood Institute. Heart attacks in women. Mis à jour le 24 mars 2022. nhlbi.nih.gov (consulté le 28 octobre 2026)
- National Heart, Lung, and Blood Institute. Heart attack: causes and risk factors. Mis à jour le 24 mars 2022. nhlbi.nih.gov (consulté le 28 octobre 2026)
- Inserm. Infarctus du myocarde. Modifié le 9 juillet 2019. inserm.fr (consulté le 28 octobre 2026)
- MedlinePlus Medical Encyclopedia. Heart attack first aid. Revu le 7 octobre 2024. medlineplus.gov (consulté le 28 octobre 2026)
- MedlinePlus Medical Encyclopedia. Heart attack. Revu le 14 juillet 2024. medlineplus.gov (consulté le 28 octobre 2026)
- MedlinePlus. Troponin test. medlineplus.gov (consulté le 28 octobre 2026)
- National Heart, Lung, and Blood Institute. Heart attack: recovery. nhlbi.nih.gov (consulté le 28 octobre 2026)
- Thygesen K, Alpert JS, Jaffe AS, et al. Fourth universal definition of myocardial infarction (2018). Circulation. 2018;138(20):e618-e651. doi:10.1161/CIR.0000000000000617 (consulté le 28 octobre 2026)
- Rao SV, O'Donoghue ML, Ruel M, et al. 2025 ACC/AHA/ACEP/NAEMSP/SCAI guideline for the management of patients with acute coronary syndromes. Circulation. 2025;151(13):e771-e862. doi:10.1161/CIR.0000000000001309 (consulté le 28 octobre 2026)
- Grundy SM, Stone NJ, Bailey AL, et al. 2018 AHA/ACC/AACVPR/AAPA/ABC/ACPM/ADA/AGS/APhA/ASPC/NLA/PCNA guideline on the management of blood cholesterol. Circulation. 2019;139(25):e1082-e1143. doi:10.1161/CIR.0000000000000625 (consulté le 28 octobre 2026)
- Santé publique France. Infarctus du myocarde. Mis à jour le 25 juin 2019. santepubliquefrance.fr (consulté le 28 octobre 2026)
- VIDAL. Infarctus du myocarde : la réadaptation cardiovasculaire. Mis à jour le 8 juin 2020. vidal.fr (consulté le 28 octobre 2026)
- Service-Public.gouv.fr. Prise en charge d'une affection de longue durée (ALD) par l'Assurance maladie. Vérifié le 15 octobre 2026. service-public.gouv.fr (consulté le 28 octobre 2026)
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