Maladie à corps de Lewy : symptômes, diagnostic et examens utiles

L'essentiel
La maladie à corps de Lewy est due à des amas d'une protéine, l'alpha-synucléine, dans le cerveau. Ses signes : vigilance qui varie, hallucinations visuelles, rêves « vécus », raideur de type parkinsonien. Aucune prise de sang ne montre les corps de Lewy : le bilan écarte d'autres causes soignables, puis des critères cliniques et parfois l'imagerie confirment le tableau. Certains neuroleptiques sont dangereux : le diagnostic compte.
La maladie à corps de Lewy en bref
Les « troubles neurocognitifs avec corps de Lewy » regroupent deux maladies proches : la maladie à corps de Lewy (MCL) et la démence parkinsonienne[3][14]. Elles ont les mêmes dépôts de protéine. Le calendrier les distingue : troubles de la pensée avant les troubles du mouvement, ou moins d'un an après, pour la MCL ; démence chez une personne qui a une maladie de Parkinson installée depuis longtemps pour la démence parkinsonienne[1].
| Repère | Ce qu'il faut savoir |
|---|---|
| Autres noms | Démence à corps de Lewy (DCL), « trouble neurocognitif majeur avec corps de Lewy » dans le DSM-5[1][14] |
| Fréquence | 2e maladie neurodégénérative en France après la maladie d'Alzheimer[14] ; environ 5 % des démences[4]. Souvent méconnue : 4,2 % des démences diagnostiquées en ville, 7,5 % en milieu spécialisé[5] |
| Âge habituel | Entre 50 et 85 ans[4], autour de 70 ans en moyenne, plus jeune que dans la maladie d'Alzheimer[14] |
| Examens clés | Critères cliniques (McKeith 2017) ; DaTscan, scintigraphie cardiaque au MIBG, polysomnographie ; prise de sang pour écarter d'autres causes |
| Spécialistes | Neurologue, gériatre ou psychiatre, en consultation mémoire[13] |
Quels sont les symptômes de la maladie à corps de Lewy ?
Contrairement à la maladie d'Alzheimer, la mémoire tient souvent bon au début ; l'attention, l'organisation et l'appréciation des distances sont touchées plus tôt[1][4]. Les critères internationaux de 2017 retiennent quatre signes principaux[1] :
- Fréquent Fluctuations : de bons moments alternent avec confusion, regard dans le vide, somnolence ou discours embrouillé.
- Fréquent Hallucinations visuelles qui reviennent, précises, souvent des personnes ou des animaux[4].
- Fréquent Trouble du comportement en sommeil paradoxal : cris ou coups en rêvant, parfois des années avant les troubles de la pensée[1][4].
- Fréquent Syndrome parkinsonien : lenteur, raideur, marche à petits pas, parfois tremblement[1].
- Possible Signes du corps : malaise en se levant, constipation, troubles urinaires, perte de l'odorat, somnolence, chutes répétées[1]. Voir la tension basse et ses examens.
- Possible Humeur et idées : dépression, anxiété, apathie ou idées délirantes[1].
- Rare Réaction grave à un neuroleptique donné contre l'agitation, comme premier signal[1][6].
Pourquoi se méfier des neuroleptiques ?
Dans une étude avec diagnostic confirmé après le décès, 81 % des malades ayant reçu un neuroleptique ancien ont mal réagi, 54 % gravement, avec une mortalité plus élevée l'année suivante[6]. Les antipsychotiques peuvent aggraver le mouvement et causer des réactions sévères[2] ; la HAS cite cette intolérance parmi les traits de la maladie[14]. Signalez le diagnostic avant toute hospitalisation.
Quand consulter ?
Quand consulter
- Urgence : appelez le 15 (SAMU) ou le 112 pour une chute avec choc à la tête, une perte de connaissance, un étouffement, une faiblesse soudaine d'un côté ou une difficulté brutale à parler, ou une forte fièvre avec raideur et confusion après un nouveau médicament, surtout un neuroleptique[2][6].
- Dans les 24 à 48 heures si la confusion s'aggrave brutalement, si les hallucinations changent après un nouveau médicament, ou avec brûlures urinaires ou fièvre : un changement soudain vient plus souvent d'une confusion aiguë (infection, médicament, déshydratation) que de la maladie[2].
- Au prochain rendez-vous chez le médecin traitant pour des rêves « vécus », des hallucinations répétées, une vigilance qui varie, une lenteur ou raideur nouvelle, des chutes inexpliquées.
Quelles sont les causes de la maladie à corps de Lewy, et qui est touché ?
L'alpha-synucléine, protéine normale des neurones, se replie mal et forme des amas (corps de Lewy) qui perturbent l'acétylcholine (attention) et la dopamine (mouvement)[1][4]. Pourquoi cela commence reste inconnu.
- L'âge est le principal facteur : la plupart des diagnostics viennent après 50 ans[4].
- Les gènes : de rares anomalies des gènes SNCA ou SNCB la causent ; des variants de GBA1 et la forme e4 d'APOE augmentent le risque sans suffire[4].
- Le trouble du comportement en sommeil paradoxal est un signe d'alerte précoce[1].
- La maladie de Parkinson : 20 à 30 % des personnes suivies des années pour un Parkinson développent un trouble neurocognitif majeur[14].
- Des lésions de type Alzheimer coexistent souvent, ce qui brouille les symptômes[1].
Pour comparer, voir les différents types de démence.
Comment se fait le diagnostic ? Une prise de sang peut-elle détecter la maladie ?
Il n'existe pas d'examen unique. Le spécialiste réunit le récit du patient et des proches, l'examen neurologique, des tests cognitifs et parfois l'imagerie[1][2]. En France, la cause est établie par un spécialiste des troubles neurocognitifs, avec une consultation mémoire labellisée[14].
Étape 1 : la prise de sang pour écarter d'autres causes
On cherche d'abord les causes réversibles : confusion aiguë, dépression, troubles de la vue ou de l'audition, médicaments anticholinergiques[2]. Devant un trouble cognitif avéré, la HAS recommande TSH, hémogramme, CRP, natrémie, calcémie, glycémie, albuminémie et bilan rénal ; B12, folates, bilan hépatique et sérologies (syphilis, VIH, Lyme) selon le contexte[13]. Ces analyses ne voient pas les corps de Lewy : elles cherchent un autre problème, soignable.
- Vitamine B12, parfois avec folates ou homocystéine : une carence touche mémoire et nerfs.
- TSH : élevée, elle oriente vers une hypothyroïdie, qui ralentit la pensée.
- Ionogramme sanguin avec la natrémie (sodium), calcémie, glycémie, créatinine.
- NFS (hémogramme) et CRP, parfois une analyse d'urine : anémie, infection ?
- Sérologie de la syphilis seulement si le contexte le justifie[7][13].
| Analyse | Résultat | Valeurs de référence | Signal |
|---|---|---|---|
| Vitamine B12 sérique | 181 pmol/L (245 pg/mL) | 221 – 778 pmol/L | ↓ |
| TSH | 2,1 mUI/L | 0,4 – 4,8 | |
| Sodium (natrémie) | 138 mmol/L | 135 – 145 | |
| Sérologie syphilis (test tréponémique) | Négatif | Négatif |
- Vitamine B12 à 181 pmol/L, flèche ↓ : sous 221 pmol/L (299 pg/mL), carence possible, à confirmer par l'acide méthylmalonique[10]. À traiter, mais cela n'explique ni hallucinations ni rêves « vécus » : la recherche continue.
- TSH normale : 0,4 à 4,8 mUI/L ; certains laboratoires acceptent plus haut chez la personne âgée[11].
- Natrémie normale : entre 135 et 145 mmol/L[12].
- Sérologie négative : résultat en oui ou non, sans flèche. Les valeurs de votre laboratoire font foi.
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Faire expliquer mes résultatsÉtape 2 : les critères cliniques
Les critères de McKeith (2017) font référence, y compris pour la HAS[1][14]. MCL « probable » : démence avec au moins 2 signes principaux, ou 1 signe principal et au moins 1 examen évocateur. « Possible » : un seul signe principal ou un seul examen évocateur. Un examen seul ne suffit jamais.
| Examen | Ce qu'il regarde | Résultat qui oriente vers les corps de Lewy |
|---|---|---|
| DaTscan (transporteur de la dopamine) | Les terminaisons des neurones à dopamine | Fixation diminuée dans les noyaux gris centraux |
| Scintigraphie cardiaque au MIBG | Les nerfs du cœur | Fixation faible |
| Polysomnographie | Le tonus des muscles pendant le sommeil paradoxal | Sommeil paradoxal sans relâchement musculaire |
Un DaTscan ou un MIBG normal n'élimine pas la maladie[2]. L'IRM écarte surtout un AVC ou une tumeur ; des zones de la mémoire bien préservées vont dans le sens du diagnostic[1].
Étape 3 : les nouveaux tests de l'alpha-synucléine
Un test d'amplification (RT-QuIC) sur le liquide prélevé par ponction lombaire a reconnu les maladies à corps de Lewy avec 95,3 % de sensibilité et 98 % de spécificité[8]. Une petite biopsie de peau a trouvé l'alpha-synucléine phosphorylée chez 96 % des malades et 3,3 % des témoins[9]. Ces deux tests sont prometteurs, mais ne figurent pas encore dans les critères officiels et ont été étudiés chez des malades déjà bien diagnostiqués[9]. Un résultat positif montre la protéine, pas la maladie précise ni son évolution. Aucune prise de sang de l'alpha-synucléine n'est encore validée en routine.
Quel suivi et quels examens de contrôle ?
Aucun marqueur sanguin ne suit la maladie. Le suivi repose sur les symptômes, l'entourage et des échelles d'autonomie comme l'échelle BADLS. La HAS préconise un suivi partagé médecin traitant-spécialiste au moins annuel[13].
- Tension couchée puis debout, pour repérer une chute de tension au lever[1][3].
- Pouls sous inhibiteurs de la cholinestérase, qui peuvent le ralentir[3].
- Prise de sang et analyse d'urine à refaire en cas de changement brutal : douleur, infection, déshydratation ou effet d'un médicament[2]. Une vitamine B12 basse est recontrôlée après traitement.
Quels sont les traitements de la maladie à corps de Lewy ?
On ne guérit pas la maladie. Chaque symptôme est traité, et un médicament qui en soulage un peut en aggraver un autre : on change une chose à la fois[3]. Aucune dose n'est donnée ici.
- Pensée, vigilance et hallucinations : inhibiteurs de la cholinestérase (donépézil, rivastigmine) en premier, mémantine s'ils sont mal tolérés[2]. En France, ces médicaments « anti-Alzheimer » ne sont plus remboursés depuis le 1er août 2018[15].
- Mouvement : la lévodopa aide raideur et lenteur mais peut augmenter les hallucinations : la plus petite dose utile[3].
- Hallucinations pénibles ou agitation : chercher un déclencheur et commencer sans médicament ; antipsychotiques seulement en cas de détresse ou de danger graves, avec grande prudence[2]. La HAS cite la rivastigmine ou la clozapine, sur avis spécialisé ; la clozapine impose une surveillance de la prise de sang, car elle peut faire chuter les globules blancs[13].
- Sommeil, tension, transit et humeur : comme dans la maladie de Parkinson[3] ; une dépression se soigne aussi.
- Rééducation : kinésithérapie, ergothérapie, orthophonie, activité physique, soutien des aidants[3].
Quelle espérance de vie, et comment vivre au quotidien avec la maladie ?
L'espérance de vie est en moyenne de 5 à 7 ans après le diagnostic, avec de grands écarts[4]. Rien ne prévient la maladie avec certitude, mais quelques habitudes réduisent les risques.
- Gardez sur vous un mot « maladie à corps de Lewy suspectée : hypersensibilité aux neuroleptiques » pour les urgences[6].
- Apportez la liste des médicaments à chaque consultation : certains somnifères et médicaments de la vessie aggravent la confusion[2].
- Sécurisez la chambre si les rêves sont « vécus ».
- Levez-vous lentement, buvez assez, éclairez bien : moins de chutes.
- Ne contredisez pas des hallucinations sans danger : rassurez calmement.
- Anticipez : les décisions juridiques et de soins sont plus simples quand la personne peut encore y participer[2].
Questions à poser à votre médecin
- Quels signes de la maladie à corps de Lewy voyez-vous, et le diagnostic est-il « probable » ou « possible » ?
- Ma prise de sang a-t-elle écarté une carence en B12, un problème de thyroïde et les autres causes soignables ?
- Un DaTscan, un MIBG ou un enregistrement du sommeil changeraient-ils ma prise en charge ?
- Quels médicaments dois-je éviter, et que dire à une équipe d'urgence ?
- Comment distinguer une poussée de confusion d'une infection ou d'une confusion aiguë ?
Questions fréquentes
Quelle est la différence entre la maladie d'Alzheimer et la maladie à corps de Lewy ?
La maladie d'Alzheimer commence en général par des oublis. La maladie à corps de Lewy commence plus souvent par des fluctuations, des hallucinations, des rêves « vécus » ou une raideur[1][4]. Les deux peuvent coexister chez la même personne.
La maladie à corps de Lewy peut-elle provoquer de l'agressivité ?
Oui : hallucinations effrayantes, idées fausses ou confusion peuvent agiter. Pour la HAS, il n'y a pas d'agressivité sans cause : cherchez d'abord une douleur, une infection ou un médicament[2][13].
Quels sont les signes de la démence parkinsonienne ?
Chez une personne qui a un Parkinson depuis des années, la HAS invite à y penser devant une perte d'autonomie avec troubles intellectuels, hallucinations ou idées délirantes, ou devant un désintérêt et moins de parole spontanée ; la plainte de mémoire est plus rare[14].
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- McKeith IG, Boeve BF, Dickson DW, et al. Diagnosis and management of dementia with Lewy bodies: Fourth consensus report of the DLB Consortium. Neurology. 2017;89(1):88-100. doi:10.1212/WNL.0000000000004058 (en anglais ; consulté le 7 novembre 2026)
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Cette page est une information générale. Elle ne remplace pas l'avis d'un médecin, qui pose le diagnostic à partir des symptômes, de l'examen et des examens complémentaires ; aucune prise de sang ne peut à elle seule confirmer ou écarter une maladie à corps de Lewy.



