Hantavirus : symptômes, forme rénale (FHSR) et pulmonaire, analyses et traitement

L'essentiel
L'hantavirus se transmet par les rongeurs sauvages, le plus souvent en respirant des poussières souillées par leurs urines ou leurs crottes. En France hexagonale, il provoque surtout une fièvre hémorragique avec syndrome rénal, en général bénigne, due au virus Puumala et concentrée dans le quart nord-est. Elle débute comme une grippe, puis touche les reins. Plaquettes basses, créatinine élevée et protéines dans les urines sont les indices typiques de la prise de sang ; la sérologie confirme le diagnostic.
L'hantavirus en bref : de quoi s'agit-il ?
- Cause : des virus portés par des rongeurs qui restent porteurs sains et les éliminent dans leurs urines et leurs selles[2].
- Deux maladies : la fièvre hémorragique avec syndrome rénal (FHSR) en Europe et en Asie, le syndrome cardio-pulmonaire à hantavirus (SCPH) sur le continent américain, Guyane comprise[2].
- En France hexagonale : 2 046 cas de FHSR diagnostiqués de 2005 à 2024, entre 14 cas (2013) et 320 cas (2021) par an[3].
- Gravité : la létalité du virus Puumala est de l'ordre de 0,4 % ; le virus Dobrava, présent dans les Balkans et en Europe centrale, peut atteindre 10 %[2]. Le SCPH tue 20 à 40 % des malades[1].
- Contagieux ? Non, sauf le virus Andes d'Amérique du Sud[2].
- Analyses clés : NFS, créatinine, bandelette ou dosage des protéines urinaires, puis sérologie IgM et IgG.
Hantavirus : quels sont les symptômes, et comment ça commence ?
L'incubation de la FHSR va d'une semaine à deux mois[2], le plus souvent 2 à 4 semaines[6]. Le début ressemble à une grippe forte et brutale.
- Fréquent Fièvre élevée, frissons, importantes douleurs musculaires, maux de tête, nausées ou diarrhée[2][6].
- Fréquent Douleur du flanc ou du bas du dos, souvent d'un seul côté[6].
- Possible Troubles passagers de la vision : vue brouillée de près ou de loin (myopie aiguë), gêne à la lumière, petites hémorragies dans le blanc de l'œil[2][6].
- Rare Saignements diffus ou atteinte neurologique[2][6].
La phase rénale. La FHSR classique passe par cinq phases : fièvre, chute de tension, baisse des urines, urines très abondantes, puis convalescence[8]. Dans la néphropathie épidémique (forme due au virus Puumala), la fonction rénale baisse vers le 7e jour (entre le 3e et le 19e) et moins de 10 % des malades ont besoin d'une dialyse[6]. Environ 90 % des infections par Puumala passent inaperçues[7].
La forme pulmonaire (Amériques, Guyane). Après quelques jours de fièvre, une toux, un essoufflement et une oppression thoracique apparaissent quand du liquide envahit les poumons[1]. Chute de tension et manque d'oxygène peuvent suivre en moins de 24 heures[4].
Hantavirus : quand consulter en urgence ?
Quand consulter
- Urgence : appelez le 15 (SAMU) ou le 112 pour une fièvre avec essoufflement, toux qui s'aggrave vite, malaise, ou des urines qui deviennent très rares, surtout après un séjour en Amérique du Sud ou du Nord[1][4].
- Dans les 24 à 48 heures pour une fièvre brutale avec courbatures, douleur lombaire ou vue brouillée dans les semaines qui suivent le nettoyage d'une cabane, d'un grenier ou d'une grange, du travail du bois ou des loisirs en forêt. Signalez cette activité au médecin[2].
- Au prochain rendez-vous si vous avez été exposé sans symptômes, ou pour recontrôler la créatinine et les urines après une FHSR.
Comment attrape-t-on l'hantavirus, et qui est exposé en France ?
On s'infecte surtout en inhalant des poussières contaminées par les excréments, l'urine ou la salive de rongeurs[2]. En France hexagonale, les réservoirs sont surtout des campagnols vivant en forêt et dans les bâtiments proches[2]. Les cas se concentrent dans le quart nord-est, avec une extension observée vers le sud et l'ouest[3].
- Fréquent Nettoyer un local longtemps fermé (cabane, grenier, grange, cave), manipuler du bois, rénover de vieux locaux poussiéreux[2].
- Possible Vivre ou travailler près d'une forêt, en milieu agricole ; de petites épidémies surviennent au printemps et en été, certaines années plus que d'autres[2].
- Rare Virus Séoul, porté par les rats, avec des cas sporadiques en France[2], et virus Andes, seul hantavirus qui se transmet entre personnes. En 2026, un foyer sur le navire MV Hondius a compté 13 cas au 26 mai, dont une Française ; 25 personnes contacts ont été isolées en France, sans aucun cas secondaire à cette date[3].
Quelles analyses de sang et d'urine en cas d'hantavirus, et comment les lire ?
Le médecin demande une NFS, un bilan rénal, une recherche de protéines dans les urines et une sérologie. Deux mécanismes expliquent les anomalies : des vaisseaux qui fuient et une chute brutale des plaquettes[9]. Voici un compte-rendu inventé.
| Analyse | Résultat | Valeurs de référence | Signal |
|---|---|---|---|
| Plaquettes | 72 G/L | 150 à 400 G/L | ↓ |
| Leucocytes | 11,8 G/L | 4,5 à 11,0 G/L | ↑ |
| Créatinine | 168 µmol/L | 62 à 115 µmol/L (homme) | ↑ |
| Protéinurie | 1,6 g/L | < 0,14 g/L | ↑ |
| Sérologie hantavirus (Puumala), IgM | Positive | Négative |
- Plaquettes ↓ : sous 150 G/L, on parle de thrombopénie[11]. Dans la néphropathie épidémique, elles descendent souvent sous 100 G/L ; sous 30 G/L, la forme est sévère[6].
- Leucocytes ↑ : une hausse modérée est habituelle, avec une CRP modérément élevée[6].
- Créatinine ↑ : le rein filtre moins bien ; la hausse est en général modérée et réversible[6].
- Protéinurie ↑ : passagère, de 0,1 à plus de 20 g/L, presque toujours avec un peu de sang microscopique dans les urines[6].
- IgM positives : évoquent une infection récente ; la confirmation suit les règles décrites plus bas[14]. Valeurs de référence données à titre d'exemple[11][12][13] : celles de votre laboratoire font foi.
Plaquettes basses, créatinine qui monte et protéines dans les urines sur le même bilan ? BloodSense lit chaque ligne de votre compte-rendu complet, montre quels résultats vont ensemble et vous aide à préparer vos questions pour le médecin.
Faire expliquer mon compte-renduDans la forme pulmonaire américaine, le tableau diffère : dans une série brésilienne, 92 % des malades avaient moins de 150 000 plaquettes/mm³, 70 % un hématocrite au-dessus de 45 % (sang concentré par la fuite de plasma) et 67 % des globules blancs élevés[8]. L'OMS cite la grippe, la COVID-19, la leptospirose, la dengue et la septicémie parmi les maladies qui lui ressemblent[1]. Pour aller plus loin : les plaquettes, l'hématocrite, les leucocytes, la créatinine et les protéines dans les urines.
Comment confirmer un hantavirus : sérologie IgM, IgG et PCR ?
- Cas possible : IgM présentes sans IgG sur un prélèvement[14].
- Cas confirmé : IgM et IgG présentes ensemble, ou ARN du virus détecté, ou apparition des IgG sur un deuxième prélèvement[14]. Les IgM peuvent persister jusqu'à 2 ans[6].
- PCR : utile seulement au tout début ; le virus circule peu de temps dans le sang, donc une PCR négative n'exclut rien[6][7].
- Quel virus : en Europe, il faut tester Puumala et Dobrava ; un test rapide positif doit être confirmé[6].
En France, le Centre national de référence (CNR) des Hantavirus, à l'Institut Pasteur, fait le diagnostic ou confirme les sérologies positives ou douteuses des autres laboratoires[14].
Quelles analyses refaire pendant la guérison ?
À l'hôpital, on suit la NFS, la créatinine, les sels minéraux, la quantité d'urine et, dans la forme pulmonaire, l'oxygène du sang (voir saturation et gaz du sang) ; un lactate au-dessus de 4,0 mmol/L signale une forme grave[4]. La récupération complète peut prendre des semaines à des mois[5] : la créatinine et la protéinurie sont souvent recontrôlées après la sortie.
Comment soigne-t-on une infection à hantavirus ?
Aucune dose n'est indiquée ici : l'équipe médicale décide.
- Pas d'antiviral spécifique ni de vaccin : le traitement soutient les reins, le cœur et les poumons[1][2].
- Forme rénale : équilibre de l'eau et des sels, surveillance de la tension, dialyse si besoin[5]. Dans la néphropathie épidémique, la dialyse est rare[7].
- Forme pulmonaire : réanimation précoce, oxygène, ventilation, parfois une oxygénation extracorporelle (ECMO), qui permet 80 % de survie quand elle démarre au premier signe d'aggravation[4].
- Virus Andes : isolement du malade et suivi des contacts ; en France, les contacts du foyer de 2026 ont été isolés jusqu'à 42 jours[3].
Comment se protéger de l'hantavirus ?
- Aérer un local longtemps fermé avant et pendant le nettoyage, porter un masque et des gants[2].
- Ne pas balayer à sec : asperger d'eau, ou mieux de désinfectant ou d'eau de Javel, avant de nettoyer ; pas de jet à haute pression[2].
- Ranger les aliments hors de portée des rongeurs, dératiser granges et caves, éloigner le bois stocké[2].
- Couvrir une plaie avant de manipuler du bois ou la terre, ne pas toucher les rongeurs ni leurs nids[2].
Questions à poser à votre médecin
- Ma fièvre peut-elle venir d'un hantavirus, vu ce que j'ai nettoyé ou fait en forêt ?
- Mes plaquettes, ma créatinine et ma protéinurie vont-elles dans ce sens ?
- La sérologie doit-elle être refaite ou envoyée au CNR ?
- Quels signes doivent me faire appeler le 15 ?
- Quand recontrôler mes reins et mes urines ?
- Comment nettoyer sans risque le local où j'ai été exposé ?
Questions fréquentes
L'hantavirus est-il contagieux ?
Les virus présents en France ne se transmettent pas d'une personne à l'autre. Seul le virus Andes, d'Amérique du Sud, l'a fait, lors de contacts proches et prolongés[1][2].
Guérit-on de l'hantavirus ?
Oui, le plus souvent. L'insuffisance rénale de la FHSR évolue en général favorablement[2]. La forme pulmonaire est plus grave, et une prise en charge précoce en réanimation améliore la survie[1].
Les rats de compagnie peuvent-ils transmettre l'hantavirus ?
Oui : les rats peuvent porter le virus Séoul, présent partout dans le monde[2][5].
Le foyer du navire de croisière de 2026 était-il un risque pour la population ?
Non : l'OMS a jugé le risque faible pour la population mondiale et déconseillé toute restriction de voyage[10].
Analyses et guides liés
- Numération plaquettaireCe que veut dire une thrombopénie sur votre bilan
- CréatinineComment lire le marqueur du rein
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- PneumonieUne autre cause de fièvre avec toux et essoufflement
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- Guides des maladiesTous nos guides
Références
- Organisation mondiale de la Santé. Hantavirus. Aide-mémoire, 6 mai 2026. who.int (consulté le 6 novembre 2026)
- Santé publique France. Hantavirus : la maladie. Mis à jour le 7 août 2026. santepubliquefrance.fr (consulté le 6 novembre 2026)
- Santé publique France. Hantavirus : données (cas 2005-2024, cas du MV Hondius). Mis à jour le 7 août 2026. santepubliquefrance.fr (consulté le 6 novembre 2026)
- Centers for Disease Control and Prevention. Clinical overview of hantavirus pulmonary syndrome. cdc.gov (consulté le 6 novembre 2026)
- Centers for Disease Control and Prevention. Clinical overview of hemorrhagic fever with renal syndrome. cdc.gov (consulté le 6 novembre 2026)
- Robert Koch-Institut (Allemagne). RKI-Ratgeber Hantavirus-Erkrankung. 13 novembre 2020. rki.de (consulté le 6 novembre 2026)
- RIVM (Pays-Bas). LCI-richtlijn Orthohantavirusinfectie. 9 janvier 2026, modifiée le 15 mai 2026. lci.rivm.nl (consulté le 6 novembre 2026)
- Jonsson CB, Figueiredo LT, Vapalahti O. A global perspective on hantavirus ecology, epidemiology, and disease. Clin Microbiol Rev. 2010;23(2):412-441. doi:10.1128/CMR.00062-09 (consulté le 6 novembre 2026)
- Avšič-Županc T, Saksida A, Korva M. Hantavirus infections. Clin Microbiol Infect. 2019;21S:e6-e16. doi:10.1111/1469-0691.12291 (consulté le 6 novembre 2026)
- Organisation mondiale de la Santé. Disease Outbreak News : Hantavirus cluster linked to cruise ship travel, multi-country. 4 mai 2026. who.int (consulté le 6 novembre 2026)
- MedlinePlus. Platelet count. Révisé le 3 février 2025. medlineplus.gov (consulté le 6 novembre 2026)
- MedlinePlus. Creatinine blood test. Révisé le 13 juillet 2025. medlineplus.gov (consulté le 6 novembre 2026)
- MedlinePlus. Protein urine test. Révisé le 13 juillet 2025. medlineplus.gov (consulté le 6 novembre 2026)
- Santé publique France. Hantavirus : notre action (surveillance, CNR, définitions de cas). Mis à jour le 7 août 2026. santepubliquefrance.fr (consulté le 6 novembre 2026)
Cette page donne une information générale. Elle ne remplace pas l'avis d'un médecin, qui interprète vos résultats avec vos symptômes, votre exposition aux rongeurs et l'examen.



