L'essentiel

La carence en fer (carence martiale) signifie que vos réserves de fer s'épuisent. Elle précède souvent l'anémie : l'hémoglobine reste normale alors que la ferritine, reflet du fer stocké, est basse. Fatigue et essoufflement à l'effort sont fréquents. Règles abondantes, grossesse, alimentation et saignement caché sont les causes habituelles, à chercher avant de traiter.

Comment savoir si l'on a une carence en fer à la prise de sang ?

La numération formule sanguine (NFS) recherche une anémie, et la ferritine indique la quantité de fer en réserve[1][4]. Les troubles peuvent précéder la baisse de l'hémoglobine[6]. Voici un compte-rendu fictif avec une carence en fer sans anémie.

Exemple fictif de compte-rendu d'analyses (format français)
AnalyseRésultatValeurs de référenceSignalement
Hémoglobine12,4 g/dL12,0-16,0 g/dL-
VGM (volume globulaire moyen)82 fL80-100 fL-
Ferritine22 µg/L15-150 µg/L-
Coefficient de saturation de la transferrine (CST)14 %20-40 %↓
  1. Hémoglobine et VGM : normaux, pas d'anémie.
  2. Ferritine : dans les valeurs du laboratoire, donc non signalée. Pourtant, la Société américaine d'hématologie (ASH) retient désormais une carence chez l'adulte à 30 µg/L ou moins[1].
  3. Flèche ↓ : le CST, part de la transferrine (la protéine qui transporte le fer) chargée en fer, est bas. Les valeurs de votre laboratoire font foi.

Une ferritine sans astérisque est-elle vraiment rassurante ? BloodSense lit tout votre compte-rendu, ligne par ligne, et vous aide à préparer vos questions pour votre médecin.

Faire expliquer mon bilan martial

Les recommandations 2026 de l'ASH fixent des seuils de ferritine valables avec ou sans anémie[2][1] :

Seuils de ferritine pour parler de carence en fer (Société américaine d'hématologie)
SituationCarence en fer si la ferritine estSource
Enfants de 9 mois à 4 ans20 µg/L ou moinsASH[1]
Adultes, y compris pendant les règles ou la grossesse30 µg/L ou moinsASH[1]
Règles abondantes, grossesse avec anémie50 µg/L ou moinsASH[1]
Adultes avec inflammation (cancer, maladie inflammatoire de l'intestin, infection)moins de 100 µg/L, ou CST inférieur à 20 %ASH[1]

En France, il n'existe pas de seuil unique. Le Vidal rappelle l'absence de consensus et cite des seuils variables, par exemple moins de 20 µg/L chez la femme jeune et moins de 60 µg/L après 65 ans[11]. Pour chaque marqueur, voir le dosage de la ferritine, le coefficient de saturation de la transferrine et le bilan martial complet.

Carence en fer : quand faut-il consulter ?

Quand consulter

  • Urgence : appelez le 15 (SAMU) ou le 112 en cas de douleur dans la poitrine, de perte de connaissance, d'essoufflement important, de vomissements de sang, ou de selles noires comme du goudron avec des vertiges : un saignement important est possible.
  • Dans les 24 à 48 heures en cas de sang ou d'aspect noir et collant dans les selles[3], ou d'essoufflement ou de vertiges au moindre effort.
  • Au prochain rendez-vous pour une fatigue qui dure, une ferritine ou un CST bas, même avec une hémoglobine normale.

Demandez avis avant de prendre du fer de vous-même : la cause doit être recherchée chez toute personne carencée[6].

Quels sont les symptômes d'une carence en fer ?

Une anémie par carence en fer légère peut passer inaperçue[3][5]. Les signes s'installent lentement. L'ASH cite[1] :

  • fatigue inexpliquée, manque d'énergie, faiblesse ;
  • essoufflement, cœur rapide ou maux de tête à l'effort ; pâleur, frilosité ;
  • ongles cassants, chute de cheveux, langue douloureuse ou lisse ;
  • envie de croquer de la glace ou de la terre (pica), mauvais sommeil, jambes sans repos.

Certains signes orientent vers la cause : selles noires, règles abondantes, douleur d'ulcère en haut du ventre[3].

Quelles sont les causes d'une carence en fer ?

Chez l'adulte, la cause la plus fréquente est un saignement excessif[10].

  • Fréquent Des règles abondantes ou rapprochées. Aux États-Unis, 38,6 % des filles et jeunes femmes de 12 à 21 ans avaient une carence en fer (ferritine sous 25 µg/L), mais seulement 6,3 % une anémie par carence en fer[7].
  • Fréquent La grossesse et l'allaitement, qui augmentent les besoins[3]. En France, l'Anses fixe l'apport de référence à 11 mg par jour pour les hommes et à 16 mg pour les femmes enceintes, allaitantes ou aux règles abondantes[9].
  • Fréquent Des apports trop faibles, par exemple un régime végétarien strict mal équilibré[3]. Le fer des végétaux est moins bien absorbé que le fer héminique, d'origine animale[12].
  • Possible Un saignement digestif caché : ulcère, prise prolongée d'aspirine ou d'ibuprofène, polypes ou cancer[3]. Dons de sang fréquents, saignements de nez et pertes par les reins ou la vessie comptent aussi[1].
  • Possible Une mauvaise absorption : maladie cœliaque, maladie de Crohn, chirurgie de l'obésité (bypass gastrique) ou usage important d'antiacides[3].
  • Rare Une destruction des globules rouges à l'intérieur des vaisseaux (hémolyse intravasculaire), qui fait perdre du fer dans les urines[1].

Une ferritine normale peut-elle cacher une carence en fer ?

Oui. La ferritine augmente avec une inflammation, une infection, une opération, une maladie du foie, l'obésité, l'alcool et certains cancers[4]. Une ferritine « normale » peut donc masquer une carence : en cas d'inflammation, l'ASH retient un seuil plus haut (moins de 100 µg/L) ou le CST[1].

Le fer sérique seul, très variable, est un mauvais repère[11] ; une ferritine basse confirme la carence, sauf si une inflammation la maintient faussement normale[10]. Avant la prise de sang, vérifiez ces points :

  • Demandez au laboratoire s'il faut être à jeun : pour la ferritine, certains demandent environ 12 heures de jeûne et un prélèvement le matin[4].
  • Signalez une prise récente de fer, une infection, une opération ou une poussée de maladie chronique.

Que faire en cas de carence en fer ?

Il faut d'abord trouver la cause : le dépistage de la maladie cœliaque est à envisager systématiquement, et les hommes et femmes ménopausées avec une anémie par carence en fer doivent avoir un examen digestif à la recherche d'un saignement[6]. Le médecin peut prescrire :

Les experts conseillent le fer par la bouche une fois par jour au plus, ou un jour sur deux si c'est mieux toléré, avec de la vitamine C ; la perfusion de fer sert quand les comprimés échouent, sont mal tolérés ou mal absorbés[8].

Questions à poser à votre médecin

  1. Ma ferritine est-elle sous 30 µg/L, et une inflammation fausse-t-elle la lecture ?
  2. Ai-je seulement une carence en fer, ou aussi une anémie ?
  3. Quelle en est la cause, et faut-il chercher une maladie cœliaque ou faire un examen digestif ?

Questions fréquentes

Quelle différence entre anémie et carence en fer ?

L'anémie est une hémoglobine basse, qui a de nombreuses causes ; la carence en fer n'en est qu'une. Voir l'anémie : symptômes et causes.

Une ferritine à 8 µg/L, est-ce normal ?

Non : c'est bien sous le seuil de 30 µg/L retenu par l'ASH chez l'adulte[1]. La cause est à rechercher avec votre médecin.

Le thé empêche-t-il d'absorber le fer ?

Le thé réduit l'absorption du fer[5][12] : buvez-le plutôt entre les repas. La vitamine C, elle, l'augmente[12].

Pourquoi le fer rend-il les selles noires ?

Les comprimés de fer noircissent les selles, sans danger, et peuvent constiper[10]. Des selles comme du goudron avec des vertiges, c'est autre chose : voir les causes des selles noires.

Examens et guides liés

Références

  1. American Society of Hematology. Iron-deficiency anemia. hematology.org (consulté le 26 octobre 2026)
  2. Powers JM, Lim MY, Achebe MO, et al. American Society of Hematology 2026 guidelines for diagnosis of iron deficiency. Blood Adv. 2026. doi:10.1182/bloodadvances.2025015950 (consulté le 26 octobre 2026)
  3. MedlinePlus Medical Encyclopedia. Iron deficiency anemia. medlineplus.gov (consulté le 26 octobre 2026)
  4. MedlinePlus Lab Tests. Ferritin blood test. medlineplus.gov (consulté le 26 octobre 2026)
  5. National Heart, Lung, and Blood Institute. Iron-deficiency anemia. nhlbi.nih.gov (consulté le 26 octobre 2026)
  6. Pasricha SR, Tye-Din J, Muckenthaler MU, Swinkels DW. Iron deficiency. Lancet. 2021;397(10270):233-48. doi:10.1016/S0140-6736(20)32594-0 (consulté le 26 octobre 2026)
  7. Weyand AC, Chaitoff A, Freed GL, et al. Prevalence of iron deficiency and iron-deficiency anemia in US females aged 12-21 years, 2003-2020. JAMA. 2023;329(24):2191-3. doi:10.1001/jama.2023.8020 (consulté le 26 octobre 2026)
  8. DeLoughery TG, Jackson CS, Ko CW, Rockey DC. AGA clinical practice update on management of iron deficiency anemia: expert review. Clin Gastroenterol Hepatol. 2024;22(8):1575-83. doi:10.1016/j.cgh.2024.03.046 (consulté le 26 octobre 2026)
  9. Anses. Les références nutritionnelles en vitamines et minéraux. 2025. anses.fr (consulté le 26 octobre 2026)
  10. Manuel MSD pour le grand public. Carence en fer. 2025. msdmanuals.com (consulté le 26 octobre 2026)
  11. Ruivard M. Carence en fer sans anémie : quelle conduite à tenir ? Vidal. 2023. vidal.fr (consulté le 26 octobre 2026)
  12. Anses. Tout savoir sur le fer. 2022. anses.fr (consulté le 26 octobre 2026)

Cet article donne des informations générales de santé. Il ne remplace ni un examen médical, ni un diagnostic, ni un traitement.